Les Journaux sous la Commune

Engagée dans un processus révolutionnaire sans précédant entre fin 1870 et 1871, la ville de Paris expérimente de fortes mutations. Dans cette période où l’histoire s’accélère, l’accès à l’information devient un élément important dans la vie de tous les jours.

La population parisienne, divisée entre Communeux et Versaillais veut savoir ce qui se passe au jour le jour tant le contexte de l’époque est instable. Cette curiosité dopée, associée à un regain de liberté de la presse au début de la Commune font de cette époque l’un des moments historiques les plus fertiles en matière de journalisme. Du 18 mars 1871 à la Semaine Sanglante de mai 1871, une myriade de journaux ont accompagné l’insurrection.

La liberté de la presse fut en partie restreinte à partir d’avril 1871. Cependant, l’élan de liberté permettait à chaque journal de paraître dès le lendemain de sa suppression. La Commune met l’accent sur un paradoxe : le nombre de lecteurs était très élevé (Jusqu’à 120 000 tirages pour Le Cri du Peuple) alors que le peuple de Paris était globalement analphabète. Quel était donc le véritable niveau de politisation de la ville ?

On distingue à cette époque le Journal Officiel et les Journaux Indépendants

 

Le Journal Officiel

      Le Journal Officiel de la République française

Ce Journal Officiel de la République Française était le plus lu pendant la Commune. Les Communeux n’ont pas voulu modifier le nom de ce journal hérité de la IIIème République en raison des convergences idéologiques.

(Un exemplaire du Journal Officiel sous la Commune)

On retrouvait deux éditions dans ce journal : une édition grand format, le matin, vendue 15 centimes, et une “Petite édition du soir”, datée du lendemain, dans laquelle on trouvait l’essentiel de celui du matin. Cette édition à 5 centimes était celle que lisait le peuple de Paris.

Ce journal était la référence pour chaque personne qui souhaitait accéder aux dernières nouvelles. La transparence était forte et donnait le sentiment d’une information fluide et non tronquée. Les séances et tous les décrets signés étaient exposés dans les détails.

 

             La réimpression du Journal Officiel

Après la Semaine Sanglante, afin que les bourgeois versaillais puissent connaître le nom de tous les Communards “officiels”, un éditeur de Paris, Victor Bunel réimprima le Journal officiel. Le Journal Officiel se découpe en deux parties : une “partie officielle” qui publie les décrets de la Commune, et une partie “non officielle”, beaucoup plus longue où l’on pouvait lire les Nouvelles de Paris et de la province, des “Nouvelles étrangères”, des articles nécrologiques, des études d’intérêt général. Cette partie donne aussi les comptes rendus des séances officielles du Conseil de la Commune.

(Réimpression du Journal Officiel par Victor Bunel)

 

Les Journaux Indépendants

           Le Cri du Peuple et Le fils du Père Duchêne

Le Cri du peuple et Le Père Duchêne étaient les deux journaux les plus vendus sous la Commune. Le premier tirait régulièrement à 100 000 exemplaires, avec des pointes exceptionnelles à 120 000 – ce qui est énorme pour un journal circonscrit à Paris et exclusivement politique.

Le Cri du Peuple, journal fondé pat Jules Vallès est le symbole de la vengeance de son créateur contre une vie d’humiliations et de honte. Les articles adoptent un lyrisme révolutionnaire propre au style Vallès. On se rappelle de son célèbre article sur la proclamation de la Commune, qui évoque « La fête nuptiale de l’idée et de la révolution ». Ce style très littéraire fait figure d’autorité dans les milieux intellectuels mais peine à trouver ses lecteurs parmi un Paris en grande partie analphabète qui essaye tout de même de lire un de ses héros, Vallès.

(Exemple de Une du Cri du Peuple)

 

Cette période faste ne dure pas. Le 19 avril, Vallès, qui est véritablement écartelé – d’autant qu’il est élu de la Commune –, cède la rédaction à son lieutenant, Pierre Denis. Les articles de fond disparaissent alors peu à peu du Cri du peuple, remplacés par des nouvelles de guerre, des entrefilets, des brèves.

Ce lyrisme révolutionnaire apparaît comme enfantin pour ceux qui se réclament du vrai peuple et qui sont vraiment lu par celui-ci.

Face au Cri du Peuple, journal très intellectuel qui soutient la Commune, Le fils du Père Duchêne tirait autour de 50 000 exemplaires, montant parfois jusqu’à 70 000. Lui privilégiait une plume plus truculente : il s’agissait de ressusciter le personnage inventé par Hébert, un vieux marchand de fourneaux pour archétype de la figure populaire parisienne. Ce journal peut être considéré comme le Canard Enchaîné d’aujourd’hui où les satires succédaient aux articles dénonciateurs.

(Exemple de Une du Fils du Père Duchêne)

 

                   Les autres journaux

La protestation gronde chez Le fils du Père Duchêne et dans les petits journaux. Des dissonances apparaissent aussi quant aux réformes sociales. Les journaux Le Prolétaire et La Révolution politique et sociale reprochent à la Commune sa frilosité en la matière, estimant trop légères les quelques mesures prises – réquisition des ateliers vacants, récupération des objets de moins de vingt francs au Mont de Piété, gratuité de trois mois de loyer.

(Exemple de Une du journal Le Prolétaire)

 

À l’époque, les journaux se partageaient. Ils passaient de main en main dans les ateliers ou au sein des bataillons. Pour un numéro vendu, il y avait peut-être sept, dix ou quinze lecteurs. Certains lisaient plusieurs journaux, les comparant en permanence les uns aux autres. Comme ces publications avaient des tempéraments et des styles très différents – beaucoup moins interchangeables que la presse actuelle –, les lecteurs tenaient à connaître chaque prise de position. »

 

Quels Lecteurs sous la Commune ?

Face à cette prolifération de journaux, la Commune soulève un grand paradoxe :  Pourquoi il y eut autant de journaux et autant de tirages alors qu’une grande partie de la population parisienne était analphabète. Il semble difficile de concevoir qu’autant de Parisiens étaient politisés et suivaient la vie de la cité.

Beaucoup d’historiens ont lu des lettres d’ouvriers, de tanneurs ou de terrassiers de l’époque ; chacun d’eux fut surpris de voir la maîtrise relative de la langue française et l’intérêt pour le fait politique. On dénote la formation d’une population plus politisée qui n’hésite pas à discuter dans les cafés, à lire et à s’intéresser à ce qui se passe. C’est le grand début d’une certaine forme de citoyenneté.

Rappelons belle scène dans L’Insurgé, où Vallès déambule dans les faubourgs parisiens, tendant l’oreille pour prendre la température. Et quand il entend « Vous ne trouvez pas qu’il a une patte ce Vallès, qu’il a le fil ?  », il est positivement ravi.

 

Rappelons-nous cette effervescence de polémistes et de critiques et cet intérêt pour le journalisme et les affaires publiques

Gauchistement votre,

Le Gauchiste

L’Enfant de Jules Vallès

      Biographie

Jules Vallès naît au Puys en 1832. Journaliste d’opposition sous le régime impérial, il prend fait et cause pour la Commune. Il fonde. Il fait partie des derniers défenseurs de la dernière barricade, celle de Belleville. C’est lors de son exil en Angleterre, pendant dix ans, qu’il décide de publier une trilogie autobiographique pour rappeler qui il était, avec son propre style.

Pendant la Commune, il divise son temps entre la direction de son journal Le Cri du Peuple et son activisme à l’Assemblée. Le jeune provincial est sûrement LE chef de file le plus influent de cette époque révolutionnaire.

(Portrait de Jules Vallès)

        Synopsis

L’Enfant est le premier volume d’une trilogie autobiographique au sein de laquelle il utilise le pseudonyme « Jacques Vingtras » pour masquer son vrai nom tout en préservant ses initiales (JV). Le Bachelier et L’Insurgé suivront.

Dans L’Enfant, Jules Vallès fait prendre à son narrateur le nom de Jacques Vingtras, conservant ainsi ses initiales JV, pour raconter sa propre histoire. Ce sera le premier livre d’une trilogie, complétée par Le Bachelier, et L’Insurgé.

Dans le premier volet de sa trilogie, Jules Vallès parle de ses souvenirs d’enfance souvent douloureux, entre une mère tyrannique et un père lâche. De cette jeunesse noire, il tire ses idéaux de vie et la création d’un Nouvel Ordre associé à un nouveau système de valeurs qu’il voudra mettre en place pendant la Commune.

     Le Style Vallès

Jules Vallès, c’est aussi un style singulier, un style percutant. On sent chez lui l’action vient plus de l’esprit de révolte que de théoriques scientifiques ou de doctrines politiques. Privé de tout pendant son enfance, il se crée un univers fait de solidarité, de partage et de spontanéité. Les élans de colère sont toujours relativisés par de la tendresse et une grande dose d’humour.

Le style Vallès, c’est cette association entre élan de colère d’un côté et tendresse de l’autre, entre objectivité reprise du courant naturaliste et lyrisme révolutionnaire.

             Intérêt du Roman

Ce premier roman de Vallès, c’est le symbole de l’essor de la littérature jeunesse (Cf. Les Aventures de Pinocchio de Carlo Collodi en Italie) associé au naturalisme et au lyrisme révolutionnaire.

L’Enfant, c’est aussi l’expression d’une jeunesse brimée qui veut se révolter, une jeunesse qui a une fort désir d’aventure.

      Un Roman Social au style Vallès

                Un Symbole du Roman Social

Avant toute chose, L’Enfant, fait partie intégrante de la tradition littéraire française qui se développe tout au long de la seconde moitié du XIXème siècle. Avant que Jules Vallès écrive sa trilogie dans les années 1870, Zola, Balzac et Hugo avaient parfaitement tracé les traits d’un genre nouveau à l’époque : le naturalisme.

Pendant que Zola décrivait les bourgeois dans Pot-Bouille, Victor Hugo représentait la France profonde dans Les Misérables avec l’émergence de personnages devenus des symboles de la gauche (Gavroche, Jean Valjean).

Tout comme chez Zola et Balzac, les descriptions sont nombreuses et chaque élément est détaillé au maximum. On apprend tout de Jacques Vingtras, sa famille, son parcours scolaire, ses ambitions. Chaque personnage es décrit au plus profond de sa laideur. Qu’il s’agisse de sa mère qui le bat « Je ne me rappelle pas une caresse du temps où j’étais tout petit ; je n’ai pas été dorloté, tapoté, baisoté ; j’ai été beaucoup fouetté »

(Chapitre 1) ou des infidélités de son père (Chapitre 16). La misère est omniprésente.

Empreint de cette tradition, Vallès se rêve en héros de roman social, en celui qui, parti de rien, s’est hissé au plus au sommet de l’Etat (Pendant la Commune) tout en méprisant profondément la bourgeoisie de son époque. Derrière le « Je » de Jacques Vingtras se cache le « Nous » voulu par Jules Vallès, ce « nous » universaliste des petites gens luttant contre la bourgeoisie et pour le progrès social avec la possibilité d’ascension. Le « Je » de Vingtras n’est alors que l’idéal du « Nous » de Vallès.

(Une Couverture du Livre)

              Le Roman Style Vallès

Empreint de cette tradition, Vallès se rêve en héros de roman social, en celui qui, parti de rien, s’est hissé au plus au sommet de l’Etat (Pendant la Commune) tout en méprisant profondément la bourgeoisie de son époque. Derrière le « Je » de Jacques Vingtras se cache le « Nous » voulu par Jules Vallès, ce « nous » universaliste des petites gens luttant contre la bourgeoisie et pour le progrès social avec la possibilité d’ascension. Le « Je » de Vingtras n’est alors que l’idéal du « Nous » de Vallès.

Cependant, cette vision ne rendrait pas à l’oeuvre tout ce qu’elle a à offrir. Le vraie beauté et le vrai intérêt du roman, c’est ce style singulier de l’auteur. Jules Vallès ne suit pas de narration de façon régulière ; il préfère réunir des anecdotes, des moments spontanés à travers des enchaînements rapides.

Un mouvement se crée dès le début de l’oeuvre entre dénonciations radicales et éléments ironiques qui deviennent sarcastiques. Ce qui fait la force de Vallès, c’est d’avoir introduit une sorte de poésie lyrique inédite à l’intérieur d’un roman profondément naturaliste.

    Le génie du choix de l’autobiographie en plein développement de la littérature jeunesse

         Le génie de l’autobiographie  

S’inspirant de la littérature de son époque en y intégrant les codes, l’auteur réutilise ces codes pour jumeler l’autobiographie au roman historique.

Ce nouveau genre nous oblige à croire Jacques Vingtras dans toutes ces descriptions, malgré le point de vue qui n’est pas omniscient. L’écart fictionnel est ainsi focalisé sur le seul personnage, qui devient aussi le témoin. Cet écart, finalement très faible, ne fait pas basculer l’oeuvre côté fiction.

Au fur et à mesure, le lecteur voit apparaître un nouveau genre qu’on pourrait appeler « L’autofiction ». Ce mélange s’organise autour de deux éléments opposés. D’un côté, le lecteur s’attend à des descriptions précises et de l’autre, il découvre tout le lyrisme qui s’exprime à travers ce « moi » de Jacques Vingtras. La décision de faire une autobiographie permet d’ajouter une touche de lyrisme au sein du naturalisme.

         Dans la progression de la littérature de jeunesse

     Car, dans l’esprit de Vallès, l’histoire de Jacques Vingtras, était non seulement sa propre histoire, mais encore, comme l’a dit Léon Daudet, «la personnification de l’enfant dont toutes les tendresses natives ont été étouffées par les premières oppressions ; qui, né oiseau, s’est tout d’abord meurtri la tête aux barreaux d’une cage».

Cet ouvrage s’inscrit dans l’émergence de livres consacrés à la jeunesse (Cf. Pinocchio de Collodi ou bien Le Petit Lord Fauntleroy de Brunett) Dans la seconde moitié du XIXème siècle, on commence à laisser s’exprimer les jeunes, leurs ressentis, leurs expériences. La jeunesse devient une catégorie sociale à part entière. C’est pendant les révoltes de Mai 68 que la jeunesse sera pleinement considérée comme une catégorie sociale à part entière.

       Remise en question de l’ordre et création d’un nouvel Ordre

               Remise en question d’un ancien Ordre

En écrivant L’Enfant, Jules Vallès décrit ses rêves d’enfance ainsi que la remise en question de l’ordre et la volonté de création d’un nouvel ordre.

L’auteur reconsidère les dogmes de son époque et ne cesse de tourner en dérision l’Ordre dans lequel il a baigné. Les professeurs, à l’image de son père, sont décrits comme des pédants qui veulent prouver des choses auxquelles il ne croit pas (Professeur ridicule qui veut expliquer l’existence de Dieu au Chapitre 3).

Vallès n’adhère pas aux principes de réalités de son époque (vérités révélées, vie misérable économiquement et culturellement qu’il devrait subir). Malgré sa grande intelligence, il rejette les « humanités », préférant l’étude de disciplines concrètes qui pourraient le sortir de sa misère et libérer le prolétariat auquel il appartient. Bien qu’il soit assez doué, il prend vite en aversion les «humanités». Un mépris latent et certain s’installe petit à petit face à ce monde malheureux et sombre qui se répète et qui est incapable de briser ses chaines (Sa mère qui parle de la « toilette »).

          Un nouvel Ordre

Le Nouvel Ordre de l’auteur, c’est créer une société plus juste, plus libre, plus heureuse. En voulant être ouvrier, il épouse sa condition mais sans y associer l’aliénation. Il souhaite devenir ouvrier pour mieux comprendre ses camarades comprendre et finalement les libérer.

Son projet d’évasion s’inscrit dans la recherche d’autre chose. Les différents déménagements sont vécus comme dans un roman d’aventure. Au fur et à mesure de ses rencontres, Vallès constitue un nouvel idéal vers lequel il souhaite tendre. Du nihilisme passif où il vit son existence misérable, il souhaite aller vers quelque chose qui aurait du sens pour lui, pour la collectivité, pour un nouvel Ordre.

        Conclusion

L’Enfant préfigure la vie que mènera Jules Vallès, entre violence et désir de changer le monde. Le génie de l’auteur a été de mélanger les styles littéraires pour intéresser la jeunesse, porteuse de l’avenir, vers un nouvel Ordre, un nouvel idéal.

N’oublions pas le génie littéraire de Vallès et tous ses apports.

 

Gauchistement votre,

Le Gauchiste

La Franc-maçonnerie au combat avec la Commune

Outre le rapprochement idéologique avec la Commune et le ralliement institutionnel, la participation de la franc-maçonnerie s’est aussi caractérisée par une participation au combat.

Ce 18 Mars 1871, bien avant qu’une grande partie de la maçonnerie se joigne à la Commune, des rebelles communards et maçons prennent activement part aux combats. Parmi eux, on retrouve l’insurgé Jules Vallès et la rebelle Louise Michel qui publieront des livres racontant ces récits dans l’Insurgé pour Vallès et dans Histoire de la Commune pour Michel.

L’officialisation du ralliement d’une partie de la maçonnerie avec la Commune (circulaire du 29 Avril 1871) débouche rapidement sur une participation aux batailles des maçons, alliés aux Communeux et adversaires des Versaillais. Les combats ne durent que 3 semaines avant le début de la Semaine Sanglante (21-28 mai) qui met fin à la Commune.

Entre début le début du mois de mai et le 28 mai, de nombreux maçons participent à une guerre qui a tout d’une guerre civile. Dès le 8 mai, la Fédération des maçons est appelée à l’Assemblée générale à 14 heures au Cirque national, Boulevard des Filles-du-Calvaire. Les combats font rage et ne cessent de devenir de plus en plus violent. Dans la nuit du 10 au 11 mai, Wroblewski remplace La Cécilia Porte de Vanves et fait reculer l’armée versaillaise. le 15 Mai, la Fédération publie le communiqué suivant : « Les francs-maçons et les compagnons fédérés ont établi pour les vingt arrondissement un service officieux. Ils se proposent de faire exécuter strictement les décrets de la Commune. Un bureau est établi dans chaque mairie ».

Les Maçons occupent une place prépondérante dans la bataille, jusqu’à la défaite finale. Tandis que La Cécilia, LeFrançais et Vermorel tentent de résister à Montmartre, Wrobleswski, chargé de défendre la Butte-aux-Cailles rejoint Louise Michel dans Paris et lui dit « Nous sommes perdus ». Louise Michel refuse la défaite et défendit la Commune jusqu’à la dernière barricade qui tomba Rue de la Fontaine-au-Roi dans le XIème arrondissement de la capitale.

(Rue de Rivoli après la Bataille)

Pour autant, la maçonnerie refuse de rendre les armes. la Fédération déclare le 24 mai : « La Commune, défenseur de nos principes sacrés, nous appelle à elle. Vous l’avez entendue, et nos bannières vénérées sont déchirées par les balles et brisées par les obus de nos ennemis. Vous avez répondu héroïquement ; continuez avec l’aide de tous les compagnonnages. »

Malheureusement, la Commune se termine le 28 avec les dernières barricades qui sont prises Rue de Tourtille à Belleville et Rue de la Fontaine-au-Roi non loin de République.

Ces épisodes nous obligent à garder en mémoire ceux qui sont tombés pour le progrès et notre utopie. Remémorons-nous ces maçons qui nous ont aidés sous la Commune. Paix à leur âme.

Gauchistement votre,

Le Gauchiste.

La Franc-maçonnerie aux côtés de la Commune

Outre les liens idéologiques évidents qui se sont tissés entre la Commune et la Franc-maçonnerie, cette dernière a participé activement à la révolte populaire parisienne. Dès le départ, des Communeux et maçons du peuple prennent les armes pour défendre la Commune (Jules Vallès, Louise Michel). Cependant, il faudra attendre plus d’un mois pour que les institutions majeures maçonniques se rallient définitivement à la cause de la Commune. Cette alliance fut le fruit d’un processus lent mais évident. C’est ainsi que le rôle joué par les francs-maçons dans la Commune de Paris ne fut  pas majeur mais resta tout de même important.

      Accord de paix introuvable entre Communard et Versaillais : La maçonnerie s’engage

Le rôle de la maçonnerie devient prépondérant à partir du mois d’Avril. Elle commence à véritablement agir car elle voit la France s’enfoncer peu à peu dans une guerre civile latente qui, sur le long terme, serait défavorable à la patrie et aux idéaux de la Commune face aux Versaillais.

Constatant ses rapprochement idéologiques avec ceux de la Commune, la Maçonnerie s’affirme de plus en plus comme institution à part entière. Saugé s’exclame le 8 Avril 1871 : « En présence des évènements douloureux devant lesquels la France entière gémit, la franc-maçonnerie vient encore une fois affirmer devant vous, les grands principes qui font sa loi. Le drapeau de la franc-maçonnerie, inscrit sur ses plis, la noble devise : Liberté, égalité, Fraternité. La maçonnerie prêche la paix parmi les hommes, et, au nom de l’humanité, proclame l’inviolabilité de la vie humaine. »

La Commune et la Monarchie ne cessent de discuter entre fin Mars et Mi-Avril afin de trouver un accord de paix civile. Thiers refuse tout compromis avec les Communeux « Il y aura quelques maisons de trouées, quelques personnes de tuées, mais force restera à la loi ». L’échec de la conciliation entre la Monarchie et la Commune provoque la coalition officielle de la Maçonnerie avec la Commune.

 

        L’officialisation de l’alliance des maçons avec les Communeux : Les conciliateurs

Pour l’Historien André Combes, dans l’Histoire de la franc-maçonnerie au XIXème siècle, les Maçons se sont peu à peu liés à la Commune. Le Conseil de l’Ordre officialise la coalition de la maçonnerie à la Commune (réunion le 26 avril au Théâtre du Châtelet qui rassemble 2000 maçons et circulaire le 29 avril). Emile Thirifocq, membre de la loge écossaise Le Libre Examen s’exclame ce 26 Avril : « Ayant épuisé tous les moyens de conciliations avec le gouvernement de Versailles, la franc-maçonnerie est résolue à planter ses bannières sur les remparts de Paris ; et si une seule balle les touchait, les francs-maçons marcheraient d’un même élan contre l’ennemi commun. »

(Symboles maçonniques avec le nom de Louise Michel gravé)

Le 29 Avril, un défilé s’organise entre Communeux et Maçons qui ont rejoint la cause ; Louise Michel raconte : « Le samedi 29 avril, les canons versaillais, du Mont Valérien tonnent sur Paris, les Ternes, les Champs-Elysées, Neuilly, Levallois. Les francs-maçons se retrouvent à 7h30 du matin au 35 Rue Jean-Jacques Rousseau pour accompagner leurs bannières, les loges de Vincennes, de Saint-Denis arrivent plus tardivement. Une compagnie de gardes de la Commune forme une haie d’honneur jusqu’à la porte du Louvre. Les loges arrivent bannières en tête, les membres des ateliers portent les insignes de leur grade. Partout, les francs-maçons sont salués à leur passage. Les bannières se rangent dans la cour d’honneur et groupent autour d’elles les membres de la loge dont elles sont le drapeau. »

(La délégation maçonnique reçue à l’Hôtel de Ville de Paris par la Commune le 29 Avril 1871)

Deux jours plus tard, le 1er mai, la Commune élit un Comité de Salut Public où de nombreux maçons sont élus (Eugène Varlin, Jules Vallès, Jean-Baptiste Clément, Gustave Courbet). Dorénavant, une grande partie de la maçonnerie soutient la Commune, et cela jusque dans les batailles.

Rappelons-nous cet instant de l’histoire où, nombre de maçons se sont rangés aux côtés des Communeux pour provoquer une alliance qui était évidente.

La Commune de Paris et la Franc-Maçonnerie : Des idéologies communes

L’histoire de la Franc-maçonnerie au sein de la Commune de Paris a été une histoire délaissée. On trouve au mieux quelques lignes sur le sujet dans chacun des ouvrages des principaux historiens de la Commune (Georges Burin, Jean Bruhat, Jean Dautry, Emile Tersen ou encore Jacques Rougerie).

On trouve dès les origines de la Commune, des idées fortes et très compatibles avec celles de la maçonnerie, sans que la Commune soit une idée maçonnique au départ. On constate que très rapidement, des maçons rejoignent le mouvement communard. Parmi eux, Louise Michel, qui écrit dans La Commune, Histoire et souvenirs : « N’est-il pas vrai que, comme les symboliques et les bannière, ces noms étranges de Loges ou d’hommes : la Rose du Parfait silence, l’Etoile polaire, le Garant d’amitié donnent bien à cet épisode le double caractère de passé et d’avenir, de tombe et de berceau où se mélangent les choses mortes et les choses à naître. Ces fantômes étaient bien à leur place, entre la réaction en furie et la révolution cherchant à se lever. Plusieurs combattirent comme ils l’avaient promis et moururent bravement. Souvent, dans les longues nuits de prison, j’ai revu la longue file de francs-maçons sur les remparts. »

         La Commune et la Franc-Maçonnerie : Un lien évident

Tout au long de la seconde moitié du XIXème siècle, la nouvelle génération de maçons devient de plus en plus acquise acquise aux valeurs de la Commune de Paris (lutte pour l’égalité et la justice, lutte contre la misère, lutte pour l’émancipation des femmes et l’école laïque des gratuite). Le ralliement qui est totalement idéologique. Gustave Lefrançais, franc-maçon et Communaux déclare que le but de la Commune est le même que celui de la franc-maçonnerie : la régénération sociale.

En 1870, 2 Grandes obédiences que sont le Grand Orient de France (300 loges et 15000 membres actifs) et le Suprême Conseil de France (5000 adhérents). On observe une grande diversité sociale des maçons à l’époque (artisans, maçons, fonctionnaires)

La République (de la Commune et de la Maçonnerie) représente un véritable idéal d’émancipation de la monarchie de l’époque. C’est une véritable espérance de changement des conditions de vie. Pour les maçons, la Commune est le nouveau Temple de Salomon (Dans le sens où le travail et la justice seraient les piliers de cette société)

        Il y a de grandes convergences des idées entre les Maçons et les Communaux (abolition de la peine de mort, lutte contre la misère, lutte pour une école gratuite et laïque, lutte pour les droits des femmes, amélioration des conditions de travail, lutte contre le racisme). Tous sont Républicains et beaucoup sont socialistes.

         Les maçons avec la Commune : L’insurrection de Mars 1871

Dès le départ, de nombreux maçons sont aux côtés des Communeux même si l’institution maçonnique n’est pas officiellement alliée avec la Commune. Parmi ces personnalités, on retrouve Louise Michel. Dans la nuit du 17 au 18 Mars, elle participe activement à la victoire de l’armée de la Commune contre les Versaillais. Sur la butte, le général Lecomte ordonne de tirer sur la foule, le sous-officier Verdguerre sort des rangs et crie : « crosse en l’air ! ». Les soldats obéissent. « La Révolution est faite » les généraux Lecomte et Thomas sont arrêtés et emmenés rue des Rosiers, ils seront fusillés dans la nuit.

(Symboles maçonniques avec gravé Louise Michel)

Jules Vallès, maçon et Communaux participe également à l’insurrection. il écrit dans son roman L’Insurgé : « Embrasse-moi, camarade, qui a comme moi les cheveux gris ! Et toi, marmot, qui joue aux billes derrière la barricade, viens que je t’embrasse aussi ! Le 18 mars te l’a sauvé belle, gamin ! Tu pouvais, comme nous, grandir dans le brouillard, patauger dans la boue, rouler dans le sang, crever de honte, d’avoir l’indicible douleur des déshonorés ! C’est fini ! »

(Jules Vallès, maçon de la Loge écossaise “La Justice”)

De sorte que très rapidement, les liens idéologiques entre la Commune et la Maçonnerie se concrétisent par des actions communes, actions qui continueront pendant toute la révolte jusqu’à sa fin.

N’oublions pas ces valeurs et ces idéaux portés par deux institutions qui ont su s’allier et comprendre les intérêts qui étaient les leurs.

Gauchissement votre,

Le Gauchiste.

La Vie Quotidienne sous la Commune de Paris

Ce 26 Mars 1871, les premières élections de la Commune de Paris ont lieu. On dénombre de jour-là près de 50% d’abstentionnistes. Un mois plus tard, le 16 Avril, ce chiffre monte à 70%. Selon Catulle Mendès,  ces élections du 16 Avril 1871 montrent que « S’il y a des élections, il n’y a plus d’électeurs sur la main. ». Cet indicateur peut nous laisser penser que ce gouvernement est le fait d’une minorité qui s’impose à une majorité silencieuse. Parmi cette majorité, on retrouve de tout, des personnes soutenant les Versaillais, d’autres qui voudraient une alliance entre les Versaillais et la Commune tandis que certains ne soutiennent personne et continuent de vivre à Paris en espérant des jours meilleurs. Le profil du parisien est alors très disparate. Le seul point commun de cette population parisienne est le retour à la paix et la fin de la guerre civile.

(Portrait de Catulle Mendès)

Malgré toute l’agitation et les abus opérés par le gouvernement de la Commune, la vie semble continuer à Paris comme si de rien n’était. Les témoignages des habitants de l’époque montrent que rien n’a véritablement changé dans la vie de tous les jours des Parisiens. Même si la Garde Nationale s’active pour tenter de créer une République plus sociale et de réaliser une plus grande égalité, la majorité des Parisiens reste passive par rapport aux évènements. Plus encore, ces derniers observent les évènements avec un certain amusement. On continue à prendre des cafés au Café Madrid ou au Café Riche sur le Boulevard des Italiens en se demandant comment tout ceci va se finir. Il n’y a pas vraiment de crainte par rapport à ce qui est en train de se passer, chacun continue à fréquenter les terrasses de café. Cependant, Paris est tout de même plus vide qu’avant. De nombreuses boutiques sont fermées, les boulevards ne sont empruntés que par des passants qui cherchent à rompre la solitude d’une ville devenue plus triste, moins vivante. Pour Catulle Mendès : « Paris a perdu son sourire. ». Goncourt accourt dans ce sens : « Je suis frappé par le peu de monde qu’on rencontre. Paris a l’air d’une ville où il y a la Peste. » Sans qu’il y ait pour autant des craintes particulières, la population tombe dans l’ennui. Le soir, chacun cherche à rompre la solitude dans une ville où de nombreux cafés ont fermé, chacun cherche à retrouver le Paris d’avant, le Paris vivant qui sait s’amuser.

(Café Riche sous la Commune de Paris)

La Commune de Paris a été une réappropriation de la ville par les classes modestes et de leur culture. Tandis que les tenants de la culture populaire saluent cette réappropriation culturelle de Paris, beaucoup d’intellectuels, comme Emile Zola et Théophile Gauthier, estiment que Paris est tombé dans la décadence, l’alcoolisme et le désordre. Maxime Duchamp s’exclame dans Convulsions de Paris : « Que de charcuterie ! que de bouteilles ! que de franches lampées ! Partout, dans cet Hôtel de Ville devenu une gargote doublée d’un mauvais lieu, partout […] on buvait, on chantait et parfois le bruit des membres de la Commune. ». A ce portrait très négatif de la vie quotidienne sous la Commune, d’autres voix s’élèvent pour saluer les changements qui se déroulent dans la capitale. En effet, beaucoup de Parisiens estiment se sentir plus en sécurité avec la Garde Nationale qu’avec la police versaillaise d’Adolph Thiers. Qui plus est, chaque parisien pauvre perçoit des aides au logement et de nouvelles solidarités se mettent en place autour des clubs. Sans oublier que les étrangers sons très bien accueillis. Ce qui était détesté, c’était le bourgeois réactionnaire. Dans son ouvrage La Guerre civile en France, Karl Marx écrit : « Quel changement prodigieux, en vérité, que celui opéré par la Commune dans Paris ! Plus la moindre trace du Paris dépravé du Second Empire. Paris n’était plus le rendez-vous des propriétaires fonciers britanniques, des Irlandais par procuration, des ex-négriers, des affairistes d’Amérique. Pour la première fois depuis les jours de février 1848, les rues de Paris étaient sûres, et cela sans aucune espèce de police. »

En définitive, Paris n’a pas été la ville rouge et ensanglantée qu’on décrit parfois. Deux grandes visions de la Commune par ceux qui l’ont vécue s’opposent. Certains voient la Commune comme la fin de l’ordre dicté par le Second Empire ainsi que la réappropriation de Paris par les classes populaires et la sécurité malgré la baisse d’activité globale. D’autres y ont vu le désordre provoqué par les Communeux, les arrestations arbitraires et une ville régie par l’alcoolisme et autres excès. Il n’en reste que la vérité se trouve au croisement de toutes les idées citées au-dessus avec toutes les nuances nécessaires à appliquer.

Gardons en mémoire cet espoir d’un Paris où la culture populaire avait sa place partout dans la ville.

Gauchistement votre,

Le Gauchiste.

Mur des fédérés, Mur des idées décédées

C’est quoi le « Mur des Fédérés » ?

Dès le départ, une confusion apparaît dans ce que est censé être le « Mur des fédérés ». En effet, il existe deux « Mur des Fédérés », ce qui entretient une confusion sur ce qu’est ce mur et son objectif. On distingue la Sculpture de Paul Moreau-Vauthier (1871-1936) et ce qui correspond au vrai Mur avec la transcription « Aux Morts de la Commune 21 28 Mai 1871 »

(Sculpture de Paul Morea-Vauthier)

Cette sculpture de Paul Moreau–Vauthier (1871-1936), fils du communard, est destinées aux victimes des révolutions et s’honore d’une phrase de Victor Hugo « Nous voulons la justice non la vengeance ». Cette oeuvre est étrange car, en englobant tous les tombés pour la révolution, elle oublie de remémorer le destin tragique et si particulier de ceux qui sont tombés le 28 mai 1871. La vraie histoire du Mur des Fédérés est la suivante.

Nous sommes le 21 Mai 1871, la Commune est en place depuis un peu plus de deux mois (18 Mars). Cependant, les Versaillais préparent leur riposte pour prendre la ville. Cette riposte sera sanglante, très sanglante. Ce 21 Mai 1871, Aldoph Thiers rentre dans Paris et exécute un à un les Communards qui daignent s’opérer à sa grande armée. Le 28 Mai, Les Versaillais, dirigés par le Maréchal Mac Mahon maîtres du lieu vers la fin de l’après-midi du 28 mai, y fusillent tous les prisonniers contre un mur appelé, depuis lors, « Mur des Fédérés ». 147 hommes sont massacrés sur place les uns sur les autres. Un cent quarante-huitième condamné avait rompu les rangs et tente de se sauver. Malheureusement, il est poursuivi, trouvé et subit le même sort que ses compagnons Communeux.

(Mur des Fédérés au sein du Père Lachaise à Paris)

Dans les heures et les jours qui suivent, les corps de milliers d’autres fédérés sont entassés avec eux, dans une fosse commune. En leur mémoire, une section de cette muraille est appelée dès la fin dès années 1870 le « Mur des Fédérés ».

Dans son tableau La Veuve du fusillé, Pichio souhaite continuer l’histoire de cet épisode tragique. Au pied de ce mur, une femme en deuil accompagne ses deux jeunes enfants et leur désigne l’inscription gravée dans la pierre : « Mai 1871 / Aux martyrs / sans nom / morts pour la liberté. » Les enfants viennent déposer une couronne mortuaire dédiée à leur père, là où d’autres jonchent déjà le sol, en un hommage qui a encore les apparences de la clandestinité.

(Tableau La Veuve du Fusillé de Pichio)

       Edification du Mur, Poursuite de l’idée avec la « Montée »

Le 23 mai 1880, Jules Guesde fait un appel devenu très célèbre au nom des Communeux. Le premier défilé s’organise devant le Mur et brave la, police. Depuis, cette « Montée au Mur » fait partie intégrante de l’histoire ouvrière française. ponctua l’histoire ouvrière.

Une manifestation record eut lieu le 24 mai 1936 : 600 000 personnes. Léon Blum et Maurice Thorez firent à la tête de cette réunion à la saveur de changement avec le Front Populaire.

Depuis plus d’un siècle, une manifestation a vu le jour. La « Montée » au Mur des Fédérés du Père Lachaise durant le mois de mai s’est imposée comme l’expression d’un pèlerinage laïque auquel participent des militants politiques de gauche, des syndicalistes et des francs maçons en mémoire des communards tombés en martyrs du gouvernement versaillais en mai 1871.

C’est un type particulier de pèlerinage. Le caractère laïque commémoratif et partisan de ce pélerinage illustre  le croisement entre le sacré et une forme de mobilisation sociale partisane. Il d’agit d’une réunion qui mêle à la fois des choses purement sacrées et une idéologie politique et sociale qu’on pourrait entièrement rapprocher d’une idéologie entièrement religieuse.

Rappelons-nous des Fédérés tombés pour cet idéal encore présent en nous. Paix à leur âme.

 

Gauchistement votre,

Le Gauchiste.

Le Blanquisme, symbole du socialisme français sous la Commune

 Blanqui le révolté

Louis-Auguste Blanquisme naît en 1805 près de Nice et monte à Paris à ses treize ans. Dès les années 1820, il participe au mouvement carbonariste. Le but de ce mouvement est de lutter contre la Restauration de la Monarchie en France après la chute de Napoléon en 1814. Le jeune Louis-Auguste participe peu à ce mouvement mais observe. Déjà, il prend pour modèle la violence de cette organisation contre le pouvoir même si celle-ci n’est jamais parvenue à ses fins.

La carrière de révolté de Blanqui démarre véritablement en 1830. Il participe aux barricades pendant les Trois Glorieuses. Déjà à l’époque, en 1832, il s’exclame : « Oui, Messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres : les riches l’ont voulu ainsi ; ils sont en effet les agresseurs. »

(Louis-Auguste Blanqui)

En 1839, il fait partie de la révolte avec Armand Barbès, qui prend le Palais de Justice et occupe l’Hôtel de Ville. Il est condamnée à mort en 1840 et est finalement gracié en 1844 car très malade. Il participe à la journée révolutionnaire du 15 mai 1848 et est condamnée à 10 ans de prison.

C’est lors de la Commune de Paris que l’idéologie blanquiste atteint son apogée. Dans un premier temps, il aide les Républicains à s’installer au pouvoir avec la fondation de la IIIème République le 4/09/1870. Mais, rapidement, le gouvernement ne répond pas aux attentes de Blanqui. La République française semble abdiquer petit à petit face aux Prussiens et ne daigne pas armer la population française par peur de sa révolte. C’est dans ce contexte que le révolté organise la journée du 31/10/1870 avec Flourens et Millière contre le gouvernement, jugé torp attentiste.

A travers sa révolte, quelle théorie socialiste se dégage du comportement de Louis-Auguste Blanqui ?

     Blanqui le Penseur : Le Blanquisme

Conformément à ce qui se dégage ci-dessus, Louis-Auguste Blanqui était un homme d’action, certainement plus qu’un homme de réflexion. Il reste finalement peu d’idées de ce qu’était le « blanquisme ». Engels décrit cet l’homme politique et son idéologie ainsi : « Blanqui est essentiellement un révolutionnaire politique ; il n’est socialiste que de sentiment, par sympathie pour les souffrances du peuple, mais il n’a pas de théorie socialiste ni de projets pratiques de transformation sociale. Dans son activité politique il fut avant tout un « homme d’action » qui croyait qu’une petite minorité bien organisée pourrait, en essayant au bon moment d’effectuer un coup de main révolutionnaire, entraîner à sa suite, par quelques premiers succès, la masse du peuple et réaliser ainsi une révolution victorieuse. »

Pour Blanqui, la révolution ne peut permettre de mettre en place les aspirations du peuple que par la violence. Dans le blanquisme, la révolution ne peut se faire que par un petit groupe qui donnerait un « Coup de main » pour aider le peuple vers sa destinée. Après le succès d’une révolution, les révolutionnaires commenceraient alors à mettre en place un nouveau système socialiste.

Toute la critique marxiste pointe du doigt le fait que le blanquisme confond totalement l’idée de révolution et l’idée d’insurrection. L’insurrection fait certes partie intégrante de la révolution mais elle n’a de sens et elle ne peut avoir de succès que dans la cadre d’une révolution. L’idée de révolution sous-entend qu’il faut préparer cet évènement et ne pas se ruer à la révolte sans avoir entièrement préparé toutes les étapes de la révolte et ce qui suit. Antonio Gramsci, membre fondateur du Parti Communiste Italien expose cette différence à travers les idées de guerre de position et guerre de mouvement. Selon, l’intellectuel italien, une révolution socialiste s’articule autour de deux points : Guerre de position et Guerre de mouvement. Cette terminologie empruntée au vocabulaire de la Première Guerre mondiale laisse entrevoir que, pour mener à bien une révolution socialiste, il faudrait d’abord mener une guerre de position avant de procéder à la guerre de mouvement. Dans le processus de la guerre de position, Antonio Gramsci préconise de préparer la révolution en éduquant les masses et en leur apprenant les bienfaits du socialisme. C’est après ce premier temps long et besogneux que peut commencer la guerre de mouvement où, les masses, désormais éduquées et acquises à l’idéologie socialiste, peuvent mener à bien une guerre de mouvement et une révolution réussie.

Dans le cadre de la Commune, rien ne laisse supposer que les Communeux aient été d’accord avec l’idéologie socialiste et que leur révolte soit le fruit d’une volonté d’établir un état socialiste. La Commune correspond plutôt à une période historique où une population, sous la pression de la guerre et des conditions de vies difficile, a voulu se rebeller contre l’ordre mais avec des aspirations très différentes. Dans sa fougue, Louis-Auguste Blanqui crut avoir une masse acquise à sa cause et sachant exactement quoi faire après la prise du pouvoir. Or, la Commune fut un désordre immense, certainement à la hauteur du désordre de la pensée blanquiste.

Dans sa postérité, le blanquisme est associé à une manière bancale et non réfléchie de mener une révolution. Dans les faits, le blanquisme est le reflet de l’idéologie partagée par les Communards qui, sans avoir trop réfléchi avant de mener leur révolution, se sont rebellés et ont pris le pouvoir par la force, ne sachant pas nécessairement quoi en faire par la suite.

(Louis-Auguste Blanqui)

Louis-Auguste Blanqui fut surnommé « L’enfermé » car il passa 36 ans de sa vie en prison. Beaucoup éprouvèrent une grande admiration pour lui (Louise Michel notamment) de part son courage, son dévouement, son abnégation et son engagement dans les luttes du XIXème siècle aux côtés de ceux qui ont lutté pour un monde plus juste et plus libre.

Gardons en mémoire qui était Louis-Auguste Blanqui, son oeuvre et surtout son esprit de révolte.

Gauchistement votre,

Le Gauchiste

Gustave Courbet et Jules Vallès, destins croisés du mouvement réaliste

                 Gustave Courbet et le réalisme

Dès son plus jeune âge, le jeune natif d’Ornans développe des idées révolutionnaires et subversives. Il prend des prises de positions très tranchées (« Dieu ? A proscrire » ; « Je suis pour les réformes sociales » « Je suis contre les curés » « La Commune correspond au moment où Paris va tout seul comme sur des roulettes »).

Il est très difficile de donner à Gustave Courbet l’étiquette de « peintre réaliste » tant son oeuvre est disparate entre les autoportraits proches du romantisme (ses autoportraits des années 1840, le nu avec Les Baigneuses (1853), et les peintures soit-fiantes académiques faites pour moquer Jean-Dominique Ingres comme La Femme à la source (1862).

(Auto-portrait de Gustave Courbet : Le Désespéré 1843-1845)

Pourtant emprunt des idées socialistes, il n’a jamais peint le monde ouvrier, ni l’industrie, ni même la ville. Cependant, il a tout de même peint des oeuvres très sociales comme Les casseurs de pierres (1849), oeuvre très appréciée dans l’historiographie de gauche. Pour Jules Vallès :”Ce tableau teinté de gris, avec ses deux hommes aux mains calleuses, au cou halé, était comme un miroir où se reflétait la vie terne et pénible des pauvres. »

Le réalisme de Courbet s’aperçoit notamment des années 1850 jusqu’à la fin des années 1860. Même si ses principales oeuvres réalistes ont pour objet sa terre natale Ornans comme Un enterrement à Ornans (1850), il fut le peintre officiel de Proudhon et fut impliqué dans l’affaire de la destruction de la colonne Vendôme. Son oeuvre a traversé la Commune de Paris dont il fit le portrait de plusieurs Communeux comme Jules Vallès.

(Potrait de Jules Vallès par Gustave Courbet en 1861), aujourd’hui exposée au Musée Carnavalet)

                 Jules Vallès et le réalisme

Jules Vallès grandit dans une famille pauvre. Il s’engage déjà dans la presse sous le Second Empire. Vallès choisit  le journal par rapport au livre pour ses potentialités polémistes. Il s’impose comme un écrivain journaliste de premier plan : chroniqueur, il affirme un tempérament original de franc-parleur, « irrégulier » et volontiers réfractaire ; critique littéraire, il défend passionnément une écriture fondée sur l’authenticité et la fidélité au réel ; inventeur du reportage social, il inaugure un journalisme démocratique – « Je suis du peuple, et ma chronique aussi ». Ses premiers livres de Vallès sont des recueils d’articles, aux intitulés très emprunts de ses idées. : La Rue, Les Réfractaires.

                 Le réalisme comme révolte face au conformisme

En plus de leurs idées socialistes communes, Jules Vallès par Gustave Courbet partagent une thématique importantes : Le soucis du réalisme. Au-delà de la doctrine purement socialiste, la fougue et l’esprit de révolte qui animent les deux hommes viennent du coeur bien plus que de l’analyse des doctrines politiques.

Les deux hommes étaient très impulsifs et se laissaient aller à des excès de colère. Tandis que Courbet demanda du déboulonner la Colonne Vendôme à travers une pétition le 14/09/1870, Jules Vallès ne cessait d’appeler à la révolte dans son journal Le Cri du Peuple. Les deux hommes se firent connaître par la stratégie du scandale, plus que jamais employée pour chacun des deux. Courbet exposait L’Origine du Monde (1866) ainsi que Les Baigneuses 1853) pendant que Jules Vallès multiplie les journaux d’opposition contre le régime de Louis-Napoléon Bonaparte avec Le Peuple (1869) ou encore Le Cri du Peuple (1871). Dans un régime politique qui suffoque sous l’académisme et le conformisme, représentés par Jean-Dominique Ingres, les deux insoumis tentent chacun de leur côté s’opposer.

(Caricature de Gustave Courbet voulant déboulonner la Colonne Rambuteau)

Que ce soit à travers la figure du peintre et celle du journalisme, les deux hommes incarnent cette volonté d’exprimer les douleurs subies pendant le Second Empire, cette volonté de raconter ce qu’il s’est passé sans travestir la vérité. La question sociale est alors au centre des préoccupations des deux hommes qui en font leur fer de lance. Gustave Courbet écrivit : « Je me suis constamment occupé de la question sociale et des philosophies qui s’y rattachent, marchant dans ma voie parallèlement à mon camarade Proudhon. »

Face au conformisme, il est de notre devoir d’agir, de trouver de nouveau moyens de nous exprimer. Gustave Courbet et Jules Vallès non donnent ici l’exemple de la peinture et du journalisme. Remémorons-nous ces deux grands personnages de la Commune et du gauchiste.

Gauchistement votre,

Le Gauchiste

Les Femmes sous la Commune de Paris

« J’ai vu une jeune fille habillée en garde national marcher la tête haute parmi des prisonniers qui avaient les yeux baissés. Cette femme, grande, ses long cheveux blonds flottant sur ses épaules, défiait tout le monde du regard. La foule l’accablait de ses outrages, elle ne sourcillait pas et faisait rougir les hommes par son stoïcisme ». Cet extrait de l’article du Times du 29/05/1871 donne à voir l’importance des femmes lors de l’insurrection parisienne.

Peu mises en avant, la participation des femmes pendant les périodes révolutionnaires ou pendant les guerres est souvent ignorée, oubliée, si ce n’est totalement méprisée. Or, il s’avère que celles-ci ont joué un rôle prépondérant lors de la Commune.

Quelle est la place des femmes dans la Commune de Paris ?

La Communarde, tout comme le Communeux, travaille. 1/4 des femmes sont des prostituées, 70% sont des ouvrières (Surtout du textile et du vêtement). Clairement, les femmes sont beaucoup plus prolétarisées que les hommes. Autre fait, la Commune partage les idéaux de la République et notamment l’idéal d’égalité hommes-femmes. Ainsi, prenant conscience de leur condition prolétaire, les femmes se sont, au nom de leur condition de classe, rebellées et ont activement participé à la révolte populaire.

(Femme à l’Hôtel de Ville en uniforme de la Garde nationale, le deuxième jour de la Commune (1871). Dessin de D. Vierge)

Au niveau des représentations iconographiques, lithographiques et autres, la Communarde est symbolisée de façon opposée à l’homme. Tandis que les Communeux sont jeunes, beaux, plein de vies et virils, les Communardes sont elles dépeintes comme des femmes folles, laides et s’adonnant à la lutte sans réflexion de manière brutale. La figure de la femme est grandement masculinisée au point que de nombreux auteurs de l’époque assilimilent la figure de la femme Communarde comme une « femme androgyne » dont on ne saurait plus si elle est un homme ou une femme.

Contrairement au portrait décrit ci-dessus, la réalité des choses fut bien différente. En atteste la figure de Louise Michel, Communarde la plus connue. Figure populaire de Paris lors de la Commune, la native de Vroncourt-la-Côte, elle fut institutrice dans le 18ème Arrondissement où elle fut également élue présidente du Comité républicain de vigilance des femmes de Montmartre. Selon elle : « Si l’égalité entre les deux sexes était reconnue, ce serait une fameuse brèche dans la bêtise humaine ». Louise Michel fut à la fois enseignante, infirmière mais aussi ouvrière. Surtout, elle eut des correspondance avec Victor Hugo et fréquentait activement Eugène Varlin ou encore Jules Vallès. Elle participa à la rédaction de nombreux écrits de réflexion sur la question du socialisme.

Enfin, la Communarde fit partie intégrante des luttes armées. Elle participa pleinement à la mise en place des barricades et à leur défense. Ce fut le cas de Louise Michel qui était souvent vêtue  de son uniforme de garde national, prête à s’enivrer dans la bataille.

     (Louise Michel en uniforme)

En définitive, la participation des femmes à la Commune a été plus qu’importante. Elles firent partie intégrante de l’insurrection parisienne. Tout comme les hommes, elles étaient des travailleuses, participaient aux clubs de réflexion ainsi qu’aux luttes armées. Elles furent méprisées, notamment par les Versaillais réactionnaires, Louise Michel était alors appelée la « folle rouge ». Ainsi, gardons en mémoire ces femmes qui se sont battues pour leurs droits, pour un idéal socialiste et un idéal d’égalité entre les hommes et les femmes.

Gauchistement votre,

Le Gauchiste