Gustave Courbet et Jules Vallès, destins croisés du mouvement réaliste

                 Gustave Courbet et le réalisme

Dès son plus jeune âge, le jeune natif d’Ornans développe des idées révolutionnaires et subversives. Il prend des prises de positions très tranchées (« Dieu ? A proscrire » ; « Je suis pour les réformes sociales » « Je suis contre les curés » « La Commune correspond au moment où Paris va tout seul comme sur des roulettes »).

Il est très difficile de donner à Gustave Courbet l’étiquette de « peintre réaliste » tant son oeuvre est disparate entre les autoportraits proches du romantisme (ses autoportraits des années 1840, le nu avec Les Baigneuses (1853), et les peintures soit-fiantes académiques faites pour moquer Jean-Dominique Ingres comme La Femme à la source (1862).

(Auto-portrait de Gustave Courbet : Le Désespéré 1843-1845)

Pourtant emprunt des idées socialistes, il n’a jamais peint le monde ouvrier, ni l’industrie, ni même la ville. Cependant, il a tout de même peint des oeuvres très sociales comme Les casseurs de pierres (1849), oeuvre très appréciée dans l’historiographie de gauche. Pour Jules Vallès :”Ce tableau teinté de gris, avec ses deux hommes aux mains calleuses, au cou halé, était comme un miroir où se reflétait la vie terne et pénible des pauvres. »

Le réalisme de Courbet s’aperçoit notamment des années 1850 jusqu’à la fin des années 1860. Même si ses principales oeuvres réalistes ont pour objet sa terre natale Ornans comme Un enterrement à Ornans (1850), il fut le peintre officiel de Proudhon et fut impliqué dans l’affaire de la destruction de la colonne Vendôme. Son oeuvre a traversé la Commune de Paris dont il fit le portrait de plusieurs Communeux comme Jules Vallès.

(Potrait de Jules Vallès par Gustave Courbet en 1861), aujourd’hui exposée au Musée Carnavalet)

                 Jules Vallès et le réalisme

Jules Vallès grandit dans une famille pauvre. Il s’engage déjà dans la presse sous le Second Empire. Vallès choisit  le journal par rapport au livre pour ses potentialités polémistes. Il s’impose comme un écrivain journaliste de premier plan : chroniqueur, il affirme un tempérament original de franc-parleur, « irrégulier » et volontiers réfractaire ; critique littéraire, il défend passionnément une écriture fondée sur l’authenticité et la fidélité au réel ; inventeur du reportage social, il inaugure un journalisme démocratique – « Je suis du peuple, et ma chronique aussi ». Ses premiers livres de Vallès sont des recueils d’articles, aux intitulés très emprunts de ses idées. : La Rue, Les Réfractaires.

                 Le réalisme comme révolte face au conformisme

En plus de leurs idées socialistes communes, Jules Vallès par Gustave Courbet partagent une thématique importantes : Le soucis du réalisme. Au-delà de la doctrine purement socialiste, la fougue et l’esprit de révolte qui animent les deux hommes viennent du coeur bien plus que de l’analyse des doctrines politiques.

Les deux hommes étaient très impulsifs et se laissaient aller à des excès de colère. Tandis que Courbet demanda du déboulonner la Colonne Vendôme à travers une pétition le 14/09/1870, Jules Vallès ne cessait d’appeler à la révolte dans son journal Le Cri du Peuple. Les deux hommes se firent connaître par la stratégie du scandale, plus que jamais employée pour chacun des deux. Courbet exposait L’Origine du Monde (1866) ainsi que Les Baigneuses 1853) pendant que Jules Vallès multiplie les journaux d’opposition contre le régime de Louis-Napoléon Bonaparte avec Le Peuple (1869) ou encore Le Cri du Peuple (1871). Dans un régime politique qui suffoque sous l’académisme et le conformisme, représentés par Jean-Dominique Ingres, les deux insoumis tentent chacun de leur côté s’opposer.

(Caricature de Gustave Courbet voulant déboulonner la Colonne Rambuteau)

Que ce soit à travers la figure du peintre et celle du journalisme, les deux hommes incarnent cette volonté d’exprimer les douleurs subies pendant le Second Empire, cette volonté de raconter ce qu’il s’est passé sans travestir la vérité. La question sociale est alors au centre des préoccupations des deux hommes qui en font leur fer de lance. Gustave Courbet écrivit : « Je me suis constamment occupé de la question sociale et des philosophies qui s’y rattachent, marchant dans ma voie parallèlement à mon camarade Proudhon. »

Face au conformisme, il est de notre devoir d’agir, de trouver de nouveau moyens de nous exprimer. Gustave Courbet et Jules Vallès non donnent ici l’exemple de la peinture et du journalisme. Remémorons-nous ces deux grands personnages de la Commune et du gauchiste.

Gauchistement votre,

Le Gauchiste.

 

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