Perçue comme un véritable pamphlet féministe du début du XXIème siècle, King Kong Théorie (2010), retrace les aventures de Virginie Despentes autour des principales thématiques féministes (lutte contre la culture du viol, contre l’oppression véçue par les femmes, la prostitution, la pornographie).

Virginie Despentes reprend toutes ces thématiques, elle qui a grandi avec toutes ces oppressions et dans ces univers jugés déviants par le système patriarcal. Elle s’est droguée, prostituée, a fait de la pornographie. C’est de l’intérieur que tous ces thèmes nous sont racontés avec une ligne directrice commune : la mise au bucher de l’univers patriarcal dans lequel nous vivons.

(Illustration de Viriginie Despentes)

Despentes prend selon sa propre formule une attitude « masculine » dans le sens où elle prend en compte ses désirs pour les mettre en pratique. Le patriarcat finit par l’aliéner dans sa démarche qui est originellement libératrice.

 

 

Oppression patriarcale

 

L’autrice reprend l’idéal de la femme blanche occidentale idéale (belle mais pas trop aguicheuse, qui a envie de sexe mais pas trop, qui réussit socialement mais toujours moins que les hommes). Despentes en conclut « Cette femme là a l’air de beaucoup s’emmerder pour pas grande chose, de toute façon je ne l’ai jamais croisée, nulle part. »

La grande constatation de l’autrice est de remarquer que la libération sexuelle des années 1970 n’a pas eu lieu. Non seulement le désir féminin n’a pas été libéré mais la virilité a subi des recompositions qui n’ont pas abouti à une meilleure amélioration des rapports hommes femmes.

(Illustration de King Kong Theorie)

Le patriarcat persiste mais sous une forme légèrement différente. Désormais, les hommes peuvent exprimer dans un degré inférieur leur virilité alors que rien ne change pour les femmes. Or, cette dose de « libération » pour les hommes est contrebalancée avec une absorption de la thématique sexuelle par le capitalisme qui est par essence patriarcal. En d’autres termes, le peu de liberté sexuelle acquise par les hommes s’est retourné contre eux car leur aliénation globale en est sortie grandie par l’absorption de la sexualité dans le capitalisme.

Les années 1970 n’ont pas amélioré le sort des femmes, elles ont fait aller les femmes dans le salariat sans rien modifier du patriarcat et des conditions salariales, les amenant vers une aliénation différente mais vers une aliénation au moins aussi violente que la précédente.

 

 

Culture du viol et Prostitution

 

Toute la jeunesse de Despentes est faite de liberté et de prises de risques. Elle fait du stop un peu partout et finit par se faire violer comme beaucoup de femmes. Elle raconte cet épisode comme une guerre et une défaite qu’elle doit assumer en silence après car la culture du viol reste très forte.

L’autrice nous propose un lien entre viol et prostitution. A partir du moment où les hommes assimilent le corps des femmes comme étant leur propriété, le viol est perçu comme le marqueur qui fait que leur corps appartient désormais totalement aux hommes.

Par conséquence, le viol peut être responsable de la pornographie patriarcale et de son maintien alors que la plupart des scènes montrent des femmes à la fois assoiffées de sexe mais aussi forcées. Elle ajoute « le viol est un programme politique précis : squelette du capitalisme, il est la représentation crue et directe du capitalisme. »

(Le Prime de la prostitution a beaucoup influencé Virginie Despentes)

Dans son récit de la prostitution, Descentes nous amène dans son expérience de 1990 à 1991 où elle se prostitue d’abord à Lyon puis à Paris. La prostitution est tabou car toute la société patriarcale est tabou. La prostitution n’est que la conséquence de toutes les affiches sexualisées que l’on voit partout et que l’on laisse sans les critiquer.

Elle est soluble dans un capitalisme qui exploite tous les travailleurs parmi lesquels les travailleuses du sexe s’intègrent.

 

 

Pornographie

 

L’autrice enchaine son récit avec la pornographie, secteur dans lequel elle a également travaillé. Elle précise d’emblée « Le prono a une fonction : la tension dans notre culture entre désir sexuel abusif (on voit des femmes nues partout) et le rejet exagéré de la vie sexuelle (on ne peut satisfaire sa sexualité que dans peu de lieux et peu de conditions). Le porno est un défoulement psychique entre ces deux contradictions.

Le danger de la pornographie est qu’on se met à désirer des visions fantasmées de nous-mêmes qui n’ont rien à voir avec nos véritables désirs. Toute la question pornographique est une hypocrisie. Le jugement moral demande à ce que les femmes soient bien traitées mais dans le même temps, les hommes redemandent des scènes obscènes et humiliantes.

(Dessin de Viriginie Despentes)

Alors que les hommes qui font de la boxe doivent se démolir de manière similaire que les femmes dans la pornographie, l’homme peut avoir une reconversion mais pas la femme. L’hypocrisie totale vient d’un principe simple : les hommes ne sont pas éduqués.

Despentes nous explique que l’actrice pornographique joue en réalité comme un homme (désir permanent de coucher avec n’importe qui), ce qui questionne sur la cohérence des hommes à vouloir des femmes à la fois prudes et aussi ouvertes sexuellement.

La pornographie tout comme la prostitution ne sont pas des « mauvaises choses » en soi, c’est tout le système patriarcal et l’oppression masculine qui pervertit toutes ces pratiques. Pourquoi la pornographie est faite pour et par les hommes ? Parce que ce sont eux qui ont le pouvoir et l’argent et parce qu’ils dévalorisent les femmes.

(King Kong Theorie de Virignie Despentes)

Inspirons-nous du combat féministe et de la littérature singulière de Virignie Despentes pour mettre à mal le patriarcat, la lutte contre le patriarcat ne pouvant se dissocier de la lutte contre le capitalisme.

Gauchistement votre,

Le Gauchiste