C’est entre janvier et octobre 1850 que Karl Marx nous propose ce regroupement d’articles qui sera publié dans un seul ouvrage La lutte des classes en France en 1848.  Alors qu’il est en Allemagne en 1848 puis déménage à Londres en 1849, Marx observe de loin la révolution de 1848 en France et y décèle la révolte par excellence de la lutte des classes. Sa vision change à la fin de l’année 1850 où il propose une autre vision des évènements tout en considérant qu’ils ont été très intéressants.

La particularité de ces articles est de proposer pour la première fois une histoire dont l’historiographie principale est celle de la lutte des classes. L’autre particularité est que ce recueil concentre l’histoire la plus riche jamais écrite sur la vie politique française de 1848 à 1850.

Le but est simple : montrer l’enchaînement interne des causes dans le cours d’un développement de plusieurs années qui fut pour toute l’Europe. Toute l’idée du matérialisme historique est de considérer l’histoire comme l’histoire des classes sociales. Comme disait Marx « Toute histoire jusqu’à nos jours, c’est l’histoire de la lutte des classes. » 

Il étudie les faits économiques à partir de 1850 et la décennie 1840 lui parait claire. La crise démarre avec la crise commerciale mondiale de 1847 qui est la mère des révolutions de 1848. La situation s’améliore dès l’été 1848 avec une nouvelle prospérité dès 1849. Pour Marx en 1850 « Une nouvelle révolution n’est possible qu’à la suite d’un nouvelle crise. »

 

 

Contexte général

 

La révolution de Juillet (Seconde révolution française de 1830) n’avait pas changé l’ordre établi. Le banquier libéral Laffitte avait prononcé lors du triomphe du duc d’Orléans à l’Hôtel de ville « Maintenant le règne des banquiers va commencer. » En effet, le pouvoir s’était transféré à une minorité de banquiers, de rois de la Bourse, des chemins de fer et du charbon tandis que la petite-bourgeois et la classe paysanne étaient exclues.

(Bataille pendant les Trois Glorieuses entre le 27 et le 29 juillet 1830)

Un système pervers s’était mis en place qu’on retrouve aujourd’hui : l’endettement de l’Etat. En effet, les collusions entre système politique et système financiers n’ont jamais été aussi fortes avec des scandales à répétition. Aucune réforme financière favorable à l’Etat n’est parvenu à passer (La réforme postale par exemple).

Deux grands évènements mondiaux concurrent à l’explosion de la société (La maladie de la pomme de terre et les mauvaises récoltes de 1845 et 1846 avec la hausse du prix de la vie en 1847 et la crise générale du commerce et de l’industrie en Angleterre). 

(Une d’un journal irlandais sur la maladie de la pomme de terre en 1846)

Le Gouvernent provisoire se constitue sous la pression populaire. Le pouvoir interdit aux prolétaires de proclamer la République, ils ne le font pas, ce qui est une énorme erreur car la révolution est accaparée par la bourgeoisie. La grande différence avec les autres révolutions, c’est qu’en 1848, le prolétariat est prêt à tout pour le pouvoir, il ne se désarme pas et est prêt à continuer à combattre. 

 

 

Les éléments du premier matérialisme historique

Nous sommes à un moment charnière où le développement du prolétariat industriel ne peut qu’amener à une grande force que si la bourgeoisie industrielle se développe également pour pouvoir la renverser. C’est en créant les moyens de productions modernes que le prolétariat pourra les récupérer et prendre le pouvoir.

L’intérêt de 1848 comme premier exemple de concrétisation du matérialisme est double. Non seulement la classe prolétaire parisienne passe de la classe en soi à la classe pour soi mais elle s’organise avec des actions plus ou moins efficaces (participation au gouvernement de la IIème République tout en critiquant la bourgeoisie). 

1848 est un conflit nouveau du fait de la typologie de la ville. Paris est une ville très peuplée (1 million d’habitants avec relativement peu de forces de l’ordre et une armée peu organisée). Il faut donc organiser des corps contre-révolutionnaires parmi les prolétaires. Le premier est efficace alors que celui des ateliers fait par le pouvoir va se retourner contre ce même pouvoir pendant les émeutes.

(Insurrection ouvrière du 23 juin 1848)

Fait nouveau donc : le pouvoir finance des contre-révolutionnaires parmi les potentiels révolutionnaires pour servir ses intérêts.

 

 

1848, première révolution qui affirme le matérialisme historique ?

Cet essai de Karl Marx a plutôt mal vieilli. Engels disait lui-même que le mode de révolte des ouvriers parisiens est aujourd’hui dépassé et ne pourrait fonctionner.

Jusqu’en 1871, les armes passent parfois de l’armée à la population et les militaires ont des difficultés à se défendre face aux barricades et aux insurgés. Depuis 1871, les forces de l’ordre sont bien plus nombreuses, bien plus armées. De même, la classe moyenne a bien vu comment se déroulent les expériences révolutionnaires et ne soutiendra que peu le peuple.

1848 marque un paradoxe. Alors que le capitalisme est peu développé comparé à aujourd’hui, jamais une insurrection n’a été autant symbolique du matérialisme historique et d’une victoire véritablement populaire et prolétarienne. Avec ce constat, Marx lui-même se rend compte de la quasi impossibilité du projet du matérialisme historique même s’il garde cette utopie comme un horizon à découvrir.

(Que faire ? de Lénine en 1905 qui reprend l’idée du matérialsme historique en y ajoutant l’idée du parti d’avant-garde)

Dès 1849, c’est la bourgeoisie qui prend le pouvoir mais les prolétaires ont compris une chose, ils seront la future force révolutionnaire. C’est avec la Commune de Paris que les marxistes défendent définitivement l’idée du matérialisme historique et la nécessité de la révolution prolétarienne. Les deux grands partis de l’époque (les blanquettes majoritaires et les proudhoniens minoritaires) n’avaient pas su quoi faire du pouvoir. Il s’agira désormais de réunir la prolétariat sous un même objectif prédéfini. L’idée d’avant-garde émerge déjà avant la publication du Que faire ? (1905) de Lénine.

 

 

(L’essai de Karl Marx – La lutte des classes en France (1848-1850)

 

Notre contexte actuel de surveillance accrue et de financiarisation extrême de l’économie avec des puissants qui peuvent très facilement organiser des contre-révolutions tend à faire disparaître la possibilité du matérialisme historique. Il apparait que nous sommes bien plus proche d’un scénario contre-révolutionnaire organisé par la bourgeoisie comme en Italie en 1922 que dans le cas de la Russie de 1917.

 

Gauchistement votre,

 

Le Gauchiste