Grande figure intellectuelle du XXème siècle, Hannah Arendt mérite que l’on redécouvre ses écrits sur le totalitarisme, la culture ou encore la politique. C’est en ce sens que les éditions de L’Herne nous proposent cet essai dans leur collection Carnets de L’Herne, collection dirigée par Laurence Tacou.

 

Qu’est-ce que la politique ?

 

Arendt démarre cet essai avec une définition claire et déjà subversive de la politique : « La politique permet à l’individu de poursuivre ses intérêts en toute tranquillité et en paix, c’est-à-dire sans être importunée par la politique. » C’est une vision proche de celle de David Thoreau dans son célèbre La désobéissance civile (1849) où il dit « Le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins. » 

(La désobeissance civile d’Henry David Thoreau de 1949, ouvrage référence)

La vision de la politique de l’autrice allemande est celle de la Grèce antique. Chez les Grecs, être libre et vivre dans la polis correspondent à la même idée. La politique ne peut naître et qu’exister que si un élan de liberté s’est réalisé avant l’apparition du politique. La politique n’existe que s’il y a déjà une certaine liberté (pas de contrainte sociale, normative, économique).

Pour eux, la politique n’existe que dans la discussion puis l’action de personnes déjà libres qui ne font pas peser leurs contraintes sur la politique. Arendt précise : « Le politique n’est précisément nullement nécessaire, ni au sens impérieux d’un besoin de la nature humaine, tels la faim ou l’amour, ni au sens d’une institution indispensable pour la communauté humaine. Au contraire, il commence précisément là où le domaine des nécessités matérielles et celui de la force physique cessent. » Ne peut être libre que celui qui est prêt à sacrifier sa vie, la liberté étant une valeur plus importante que la politique.

 

 

Politique et liberté

 

Arendt définit donc la politique comme la possibilité pour chaque individu de se délaisser des tâches purement matérielles et symboliques pour ne s’intéresser qu’au fonctionnement de la polis. Les Grecs n’ont jamais séparé la parole et l’action dans la liberté. C’est donc en utilisant sa liberté d’agir puis de parler et en se désaliénant que la politique peut commencer.

En ce sens, Arendt valorise l’idée de la Révolution française de repenser la liberté de façon spontanée et kantienne puis ensuite créer de nouvelles structures politiques qui n’ont pas été pensées avant le début des évènements.

(Emmanuel Kant – Qu’est-ce que Lumières ? de 1874. Les idées kantiennes ont beaucoup influencé la Révolution française)

Considérer que la fin du politique est la liberté est alors un non-sens car l’idée même de liberté est obligatoire pour le politique. La liberté est bel et bien pré-politique.

 

 

Platon et la politique

 

Platon, père de la philosophie politique occidentale tente de renverser cette idée que la liberté est une condition indispensable à la politique. Pour lui, c’est plutôt la philosophie qui est indispensable au début de la politique. C’est en ce sens que la pratique pure de la politique est interdite dans l’Académie. L’Académie n’a pour but que de philosopher et de préparer de nouvelles politiques fondées sur la philosophie.

C’est précisément parce que l’Académie n’avait pas pour objectif premier de s’occuper du politique qu’il n’a eu que peu d’importance comparé aux sophistes ou aux orateurs. Face à ces écoles sophistes et à l’abandon de l’idée platonicienne, c’est la politique même que nous laissons à l’abandon.

(Représentation de l’Académie de Platon)

Pour Arendt, la dérive de la pratique du politique est à la fois à une question d’échelle : « Cette dégradation de la politique à partir de la philosophie, telle que nous la connaissons depuis Platon et Aristote, dépend entièrement de la distinction entre le petit nombre et la multitude » mais également la faute du christianisme.

 

 

La dérive chrétienne et capitaliste face à la politique

 

En apparence, le christianisme et l’Académie partageaient chacun un idéal pré-politique qui était la bonté pour les Chrétiens et la sagesse pour les Académiciens. Cependant, le christianisme a introduit une nouvelle donne qui est l’interdiction d’exposer ses idées en public et de faire des proposer à partir de sa bonté pré-réfléchie.

Elle ajoute « Ce qui a été décisif sur le plan politique, c’est que le christianisme recherchait l’obscurité tout en maintenant la prétention d’entreprendre dans le secret ce qui avait toujours été l’affaire de la sphère publique. » 

Dans la même lignée, l’industrialisation a chargé l’Etat d’un devoir de permettre la libération des forces productives. Une liberté première de la majorité de faire de la politique est supprimée au profit d’une liberté permise par le politique qui est promise. Les révolutions du XIXème siècle ont surtout été des révolutions pour retrouver cette souveraineté et cette liberté première, condition obligatoire du politique.

 

 

Chantage contemporain et sens du politique

 

Toute notre époque contemporaine est fondée sur l’idée qu’il faut abandonner sa liberté première afin de faire en sorte que l’Etat règle le politique ainsi que notre pérennité et notre liberté. 

Toute la problématique actuelle est donc résumée non pas à une réflexion philosophique sur la politique en elle-même mais plutôt sur ses objectifs. Nous perdons donc l’essence même du politique en ne la questionnent pas et nous la laissons gouverner ce qu’elle ne devrait pas gouverner.

 

 

 

 

Rappelons-nous du travail d’Hannah Arendt et de sa réflexion sur le politique. La réflexion philosophique sur la notion même de politique est un passage presque obligatoire pour comprendre les futures révolutions à mener

 

Gauchistement votre,

 

Le Gauchiste