Grand auteur oublié du XXème siècle, Bernays a façonné la manière de diriger les « relations publiques » en démocratie qui sont appelées « propagande » dans les régimes autoritaires. Il est reconnu comme le père du spin, c’est-à-dire de la manipulation de l’opinion par les médias dans les Etats démocratiques. Norman Baillargeon insiste que le fait que la propagande est née au coeur de la démocrate américaine et non pas dans les régimes totalitaires.

Il est poussé à une carrière dans le commerce par son père mais s’ennuie à l’Université et se tourne vers le journalisme. Il devient journaliste puis publiciste avec un certain succès (surtout sur la publicité des ballets russes). C’est surtout avec la Première Guerre mondiale et la Commission Cruel qu’il prend son envol avec ses théories sur les relations publiques

La volonté de Bernays avec Propaganda est de théoriser une vision des relations publiques à travers les sciences sociales (psychologie, sociologie, histoire) ainsi que les diverses techniques (sondages, interrogation d’experts), la philosophie et la politique. Sa vision repose sur l’idée que le peuple ne peut se gouverner par lui-même, ce qui rend ses manipulations souhaitables pour le bien de tous. Il tire surtout ses théories de Gustave Le Bon et sa Psychologie des foules (1895) ainsi que de Walter Lippmann et Graham Wallas. Lippmann insiste sur l’idée que les gouvernants doivent pratiquer le pouvoir sans craindre de se faire piétiner par le peuple. Toute l’idée est de fabriquer le consentement.

(Bernays s’est beaucoup inspiré de la Psychologie des foules 1895 de Gustave Le Bon)

L’auteur américain nous propose cet ouvrage de propagande de la propagande en 1928 en insistant sur trois faits (les fondements des relations publiques, la contribution des relations publiques à la politique et l’économie et enfin leur contribution à l’art, les sciences, l’éducation).

 

 

 

Les fondements des relations publiques

 

Nous sommes gouvernés par des hommes dont nous ignorons tout, qui modèlent nos esprits, forgent nos goûts, nous soufflent nos idées. Le peuple accepte et c’est un pacte gagnant-gagnant car ce petit nombre dispose d’une autorité naturelle et légitime.

Bernays part du principe qu’il est impossible pour chaque citoyen de connaître les tenants et les aboutissants des grands enjeux. Il convient donc de laisser un petit nombre d’individus former des partis rudimentaires et proposer des orientations générales pour faire croire au dissensus.

Le but de cet essai est simple : Montrer comment la propagande fabrique du consentement dans les sociétés démocratiques.

Pour Barneys : « La propagande est l’organe exécutif du gouvernement invisible ». Au lieu de donner au peuple la faculté de réfléchir, l’éducation lui a permis de bien comprendre les slogans publicitaire et la propagande sans aucune idée originale. Le publiciste milite pour que le terme de « propagande » soit conservé car il n’est ni bon, ni mauvais selon lui. C’est une simple façon de propager ses idées et pourquoi pas des vérités.

Ces idées non originales proviennent de formulations des médias qui sont toujours les mêmes, Lippmann parle de « stéréotypes » dans son ouvrage Public opinion (1922). 

(Public Opinion de 1922 de Walter Lippmann est une sorte de prémice à Propaganda de Bernays)

Qui sont donc ceux qui manipulent l’opinion publique et créent le consentement ? Ce que nous dit Bernays est clair : ceux qui nous gouvernent (hommes politiques, grands capitaines d’industries) sont eux-mêmes dirigés par des hommes de l’ombre qu’on ne voit jamais et qui influencent tous ceux qui influencent le peuple (il prend l’exemple de la « Green House » située près de Washington). 

La figure du conseiller en relations publiques se professionnalise à partir du début du XXème siècle et du scandale de la compagnie d’assurance Metropolitain Life. C’est une profession qui crée ses codes d’honneur comme le font les médecins avec des principes et des règles précises.

Gustave le Bon et Lippmann ont montré que l’individu et la foule n’avaient pas les mêmes propriétés. C’est de là que découle l’analyse de Le Bon dans la Psychologie des foules (1895). La connaissance de la foule est alors un préambule obligatoire pour pouvoir la manipuler.

Les travaux de Trotter et Le Bon montrent que l’idée même d’un pensée n’existe pas dans la foule car cette foule est guidée en réalité par l’impulsion et l’émotivité. Freud avance l’argument en estimant que nos désirs cachent d’autres désirs (nous achetons une voiture chère alors qu’on pourrait très bien en acheter une peu chère). Bernays parle aussi des asymétries d’informations qui nous font croire que nos choix sont singuliers alors que nous n’avons pas la connaissance globale qui pourrait nous permettre de faire un vrai choix particulier.

(Wilfred Trotter a également influencé Edward Bernays)

C’est l’intérêt de la foule qu’il faut exploiter. Pour cela, le propagandiste s’efforce de trouver un intérêt commun à tout un groupe pour le faire adhérer à un produit ou une idée. Il faut que l’idée mise en avant soit vue comme vertueuse (lutte contre l’exploitation animale par exemple). La foule ne fera que suivra par la suite.

 

 

 

La propagande et l’autorité politique

 

Comment la politique s’organise à l’intérieur pour ensuite utiliser la propagande ? C’est tout un pan de pensée de Bernays qui s’offre à nous. Pour lui, les hommes politiques ne font aucunement de la politique, ce ne sont que des communicants. Ils nous abreuvent de slogans, d’idées simplistes et ne connaissent en réalité pas du tout les dossiers dont ils parlent.

Il ajoute d’un ton cynique « La politique fut la première grande entreprise américaine ». Toute campagne politique doit définir un budget précis pour la propagande, c’est une condition sine qua non de sa réussite. C’est toute une cohérence qu’il faut viser, les émotions que l’on veut susciter chez la masse doivent être en accord avec les propositions de campagne.

(Histoire de la civilistion anglaise en 1858, grand ouvrage de psychologie sociale d’Henry Thomas Buckle)

Pour justifier la propagande, Bernays cite Thomas Buckle « Quand l’écart entre les classes intellectuelles et les classes laborieuses se creuse, les premières n’ont plus aucune influence et les secondes n’en tirent aucun bénéfice ». L’intellectuel américain estime que la propagande diminue justement cette différence entre intellectuels et classes laborieuses.

 

 

 

Finalement, Propaganda nous dévoile le fonctionnement de nos démocraties depuis le début du XXème siècle et contrairement aux idées reçues, c’est bien dans une démocratie que ces théories poussées ont vu le jour. Elles n’ont pu se développer qu’à partir d’une vision élitiste où le peuple est réduit à une foule ignare et où l’écart entre intellectuels et classes laborieuses est jugé trop grand)

 

Gauchistement votre,

 

Le Gauchiste