Membre des économistes atterrés, Thomas Porcher apparaît comme un économiste de premier plan depuis quelques années. Ses écrits contredisent le discours dominant en économie et poussent à une réflexion poussée sur l’intégration sociale et l’exclusion économique.

Avec son Traité d’économie hérétique (2018), c’est un voyage contre les lieux communs du discours libéral que Porcher nous propose. Les arguments dominants (la dette publique est un danger pour l’avenir, nous ne travaillons pas assez) sont revus et corrigés pour une compréhension globale plus juste de l’économie actuelle.

 

Une petite histoire de l’économie 

 

Existe-il une science économique ? Pierre Caduc et André Zylberberg publient Le négationnisme économique. Comment s’en débarrasser ? (2016) et démontrent du l’économie est une science avec ses lois qu’on peut prévoir et appliquer. Cet ouvrage est aussi l’occasion de discréditer le groupe des économistes atterrés jugés être des idéologues de gauche.

(Le négationnisme économique, ouvrage qui a beaucoup critiqué la vision des économistes attérés)

Est-ce qu’un consensus scientifique est une vérité ? Tout le monde croyait en la solidité des banques avant la crise des subprimes alors que le système s’est bien effondré. 

En réalité, les travaux scientifiques offrent des résultats intéressants mais imparfaits parce qu’ils dépendent d’hypothèses, de choix de variables et du contexte (spatial, social ou culturel). 

Les slogans de Macron « L’autre politique est un mirage » et de Thatcher « There is no alternative » sont obsolètes. D’autres horizons économiques sont possibles comme l’ont montré Batifoulier et d’autres dans A quoi servent les économistes s’ils disent tous la même chose ? (2015) 

(A quoi servent les économistes s’ils disent tous la même chose ?, ouvrage de référence pour comprendre le besoin de pluralité dans le discours économique)

 

La soumission que nous vivons, c’est celle à la doctrine néoclassique héritée de Léon Walras et Alfred Marshall. Leur principe est simple : il faut laisser faire le marche et il va s’auto-réguler. 

C’est le fait de se soumettre à ce cadre qui nous fait perdre de vue les possibilités de changement. Le nombre de chômeurs a augmenté de 1,5 millions depuis 2008 et la cause est pour beaucoup les politiques d’austérité. 

Dès Adam Smith, nous retrouvons l’idée des classes sociales (travailleurs et capitalistes). Dans sa Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), il préconise de donner le salaire le plus bas aux travailleurs pour qu’ils ne puissent pas épargner et laisser les capitalistes accumuler le profit. L’idée est que le ruissellement se fera naturellement.

(Les Recherches sur la nature et les causes de la richesses des nations ont amorcé une révolution en économie politique)

Alors que Marx développe l’idée de l’exploitation des prolétaires par les capitalistes, les néoclassiques développent l’idée que le salaire est liée à la productivité marginale du travailleur.

De là découle toute la théorie selon laquelle les chômeurs seraient responsables de leur situation. Pourquoi donc y aurait-il autant de chômeurs en 1929 et en 2008 ? Est-ce que la population a tout d’un coup été plus fainéante.

Globalement, la vision néoclassique de l’économie a une conséquence directe : ne plus penser à d’autres modèles économiques alternatifs et rendre les hommes responsables alors que la majorité du problème se trouve dans les institutions

 

 

L’inefficacité des politiques néolibérales

 

Le Code du travail serait trop contraignant et il faudrait le libéraliser selon les néoclassiques. Contrairement aux « on dit », le Code du travail a été largement modifié (17 réformes ont été faites entre 2000 et 2013), tout cela pour arriver à un total de  87% des embauches actuelles qui se font en CDD aujourd’hui. Le résultat de ces politiques est que personne n’a véritablement intérêt à les soutenir ces réformes mais qu’à force de matraquage, nous finissons par les accepter. Il n’y a aucune preuve et aucun consensus sur le fait que la flexibilisation du marché du travail entraine une baisse du chômage. L’OCDE elle-même a dit qu’on ne pouvait précisément établir de lien entre les deux.

Que dire de la dette ? Avec une dépense publique qui représente 57% de notre PIB et une dette de plus de 2000 millards d’euros, nous vivons surement au-dessus de nos moyens ? C’est oublier tout l’intérêt de la dépense publique (Santé, Education, Sécurité). Sans dépense publique, le taux d’enfants vivants dans des familles pauvres passerait de près de 8% à près de 25% ! Aussi, les 57% de dépense publique dans notre PIB ne veut pas dire qu’elle ampute le PIB, tout simplement car il y a aussi les revenus de l’Etat. Surtout, il n’y a pas toujours de lien établi entre dépenses publiques et dette (Le Danemark a des dépenses publiques qui représentent 55% du PIB et une dette de 40% du PIB alors que le Japon a des dépenses publiques qui représentent 41% du PIB et une dette de 250% du PIB). Le plus souvent, une baisse des dépenses publiques augmente la dette selon les différentes études. Les taux restent très bas ce qui veut dire que le marché n’a pas peur de la dette. En conclusion, la dette est une peur qui vise à restreindre l’action publique pour des raisons non évidentes.

L’autre phénomène grave et inquiétant est la montée en puissance des actionnaires et la perte de pouvoir des salariés. On en arrive à la situation de 2016 où les entreprises ont distribué deux fois plus de dividendes qu’elles n’ont investi, preuve de l’énorme rentabilité des marchés financiers alors que les salaires ne progressent quasiment plus. Autre chiffre : 80% des dividendes du CAC 40 ont été redistribués aux actionnaires en 2013. En définitive, le salarié est devenu un meuble que l’on peut bouger ou jeter pour préserver la marge des actionnaires. 

L’épouvantail de la dette ne sert qu’à nous faire accepter les mesures néolibérales. En effet, il n’y a aucun sens à parler de dette sans parler du patrimoine. Or, la France a un patrimoine extraordinaire et pourrait très bien rembourser sa dette (la France a un patrimoine estimé supérieur à sa dette et le patrimoine des ménages français est estimé à 10 000 milliards d’euros). Surtout, on ne gère pas la dette d’un Etat comme un ménage gérerait sa dette. Le France est donc largement solvable. Les marchés financiers ont bien compris qu’il n’y avait pas de vrai problème de dette car les taux restent très bas. On peut ajouter que contrairement aux ménages, l’Etat peut rembourser bien plus tard (le Royaume-Uni a remboursé en 2015 des obligations émises en 1720). Il ne faut pas oublier que la dette privée est bien plus élevée que la dette publique

C’est tout un modèle social que les néolibéraux veut détruire. Les 457 plus grandes niches fiscales font perdre près de 100 milliards d’euros. Dans le même temps, la suppression de l’ISF avec l’argument (les riches partent) montrent que cette suppression a fait gagner 170 millions d’euros mais en a fait perdre près de 3,5 milliards. En 2015, la Délégation nationale contre la fraude (DNLF) a calculé que les fraudes aux prestations sociales étaient de 677 millions d’euros contre 21 milliards d’euros pour la fraude fiscale. 

 

 

 

Problématiques climatiques, problématiques mondiales

 

Face aux problème environnementaux, les pays riches s’enfoncent pour préserver des intérêts purement financiers. Les Etats-Unis ont rajouté 4 millions de barils de pétrole alors que le Canada commence l’exploitation des sables bitumineux, le pétrole le plus sale. De même, la consommation de gaz augmente en France, au Canada et au Japon et la consommation de pétrole augmente au Canada et en Australie. Par ailleurs, comme le rappellent Porcher et Landes dans Le déni climatique (2015), à production égale, la baisse de consommation d’un pays entraine l’augmentation de la consommation chez l’autre. En l’absence de taxe carbone globalisée, une taxe carbone par Etat n’a aucun intérêt.

(Le déni climatique, autre ouvrage intéressant de la bibliographie de Thomas Porchet)

Thomas Porchet se penche sur l’Union européenne, davantage touchée par la crise de 2008 que les Etats-Unis alors que la crise venait de ces derniers. Alors que les Américains ont creusé la dette pour sauver l’économie, l’Europe a mis en place des politiques d’austérité à partir de 2011 notamment. La Grèce est un véritable laboratoire pour voir ce qu’un peuple est prêt à accepter (chômage de 27%, PIB qui a chuté de 25% depuis 2007 et une dette de 150% du PIB). Aussi, c’est l’Allemagne qui domine et gère la zone euro (monnaie forte, faible inflation), elle est le pays le plus riche avec une des populations les plus pauvres. 

Enfin, l’économiste français finalise son combat contre les idées reçues sur le libre-échange, véritable poison des nations. L’histoire montre que les Etats occidentaux ont bien utilisé le protectionnisme quand cela les arrangeait tout en libéralisant ce qu’ils voulaient alors que les Etats en voie de développement n’ont plus le choix et doivent obéir au diktat. Contrairement aux idées défendues par Ricardo, tous les échanges ne se valent pas et le système de domination se met vite en oeuvre. Les résultats n’en sont que catastrophiques pour les pays qui acceptent les aides du FMI.

 

 

 

(Utilisons ce Traité d’économie hérétique de Thomas Porchet comme manuel d’auto-défense intellectuelle contre le dogme néoclassique en économie. Les pistes de réflexions proposées ne peuvent que nous pousser à valoriser notre modèle social et combattre notre ennemi : le néolibéralisme)

Gauchistement votre,

Le Gauchiste