La Vie Quotidienne sous la Commune de Paris

Ce 26 Mars 1871, les premières élections de la Commune de Paris ont lieu. On dénombre de jour-là près de 50% d’abstentionnistes. Un mois plus tard, le 16 Avril, ce chiffre monte à 70%. Selon Catulle Mendès,  ces élections du 16 Avril 1871 montrent que « S’il y a des élections, il n’y a plus d’électeurs sur la main. ». Cet indicateur peut nous laisser penser que ce gouvernement est le fait d’une minorité qui s’impose à une majorité silencieuse. Parmi cette majorité, on retrouve de tout, des personnes soutenant les Versaillais, d’autres qui voudraient une alliance entre les Versaillais et la Commune tandis que certains ne soutiennent personne et continuent de vivre à Paris en espérant des jours meilleurs. Le profil du parisien est alors très disparate. Le seul point commun de cette population parisienne est le retour à la paix et la fin de la guerre civile.

(Portrait de Catulle Mendès)

Malgré toute l’agitation et les abus opérés par le gouvernement de la Commune, la vie semble continuer à Paris comme si de rien n’était. Les témoignages des habitants de l’époque montrent que rien n’a véritablement changé dans la vie de tous les jours des Parisiens. Même si la Garde Nationale s’active pour tenter de créer une République plus sociale et de réaliser une plus grande égalité, la majorité des Parisiens reste passive par rapport aux évènements. Plus encore, ces derniers observent les évènements avec un certain amusement. On continue à prendre des cafés au Café Madrid ou au Café Riche sur le Boulevard des Italiens en se demandant comment tout ceci va se finir. Il n’y a pas vraiment de crainte par rapport à ce qui est en train de se passer, chacun continue à fréquenter les terrasses de café. Cependant, Paris est tout de même plus vide qu’avant. De nombreuses boutiques sont fermées, les boulevards ne sont empruntés que par des passants qui cherchent à rompre la solitude d’une ville devenue plus triste, moins vivante. Pour Catulle Mendès : « Paris a perdu son sourire. ». Goncourt accourt dans ce sens : « Je suis frappé par le peu de monde qu’on rencontre. Paris a l’air d’une ville où il y a la Peste. » Sans qu’il y ait pour autant des craintes particulières, la population tombe dans l’ennui. Le soir, chacun cherche à rompre la solitude dans une ville où de nombreux cafés ont fermé, chacun cherche à retrouver le Paris d’avant, le Paris vivant qui sait s’amuser.

(Café Riche sous la Commune de Paris)

La Commune de Paris a été une réappropriation de la ville par les classes modestes et de leur culture. Tandis que les tenants de la culture populaire saluent cette réappropriation culturelle de Paris, beaucoup d’intellectuels, comme Emile Zola et Théophile Gauthier, estiment que Paris est tombé dans la décadence, l’alcoolisme et le désordre. Maxime Duchamp s’exclame dans Convulsions de Paris : « Que de charcuterie ! que de bouteilles ! que de franches lampées ! Partout, dans cet Hôtel de Ville devenu une gargote doublée d’un mauvais lieu, partout […] on buvait, on chantait et parfois le bruit des membres de la Commune. ». A ce portrait très négatif de la vie quotidienne sous la Commune, d’autres voix s’élèvent pour saluer les changements qui se déroulent dans la capitale. En effet, beaucoup de Parisiens estiment se sentir plus en sécurité avec la Garde Nationale qu’avec la police versaillaise d’Adolph Thiers. Qui plus est, chaque parisien pauvre perçoit des aides au logement et de nouvelles solidarités se mettent en place autour des clubs. Sans oublier que les étrangers sons très bien accueillis. Ce qui était détesté, c’était le bourgeois réactionnaire. Dans son ouvrage La Guerre civile en France, Karl Marx écrit : « Quel changement prodigieux, en vérité, que celui opéré par la Commune dans Paris ! Plus la moindre trace du Paris dépravé du Second Empire. Paris n’était plus le rendez-vous des propriétaires fonciers britanniques, des Irlandais par procuration, des ex-négriers, des affairistes d’Amérique. Pour la première fois depuis les jours de février 1848, les rues de Paris étaient sûres, et cela sans aucune espèce de police. »

En définitive, Paris n’a pas été la ville rouge et ensanglantée qu’on décrit parfois. Deux grandes visions de la Commune par ceux qui l’ont vécue s’opposent. Certains voient la Commune comme la fin de l’ordre dicté par le Second Empire ainsi que la réappropriation de Paris par les classes populaires et la sécurité malgré la baisse d’activité globale. D’autres y ont vu le désordre provoqué par les Communeux, les arrestations arbitraires et une ville régie par l’alcoolisme et autres excès. Il n’en reste que la vérité se trouve au croisement de toutes les idées citées au-dessus avec toutes les nuances nécessaires à appliquer.

Gardons en mémoire cet espoir d’un Paris où la culture populaire avait sa place partout dans la ville.

Gauchistement votre,

Le Gauchiste.

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