La question de l’intersectionnalité s’est beaucoup développée depuis deux ans. Elle est globalement détestée et accusée d’être importée des Etats-Unis. Comme avec le marxisme et le freudisme, on voit beaucoup la dangerosité pour le pouvoir d’une nouvelle façon d’accéder à des connaissances en fonction des réactions politiques.

Origines de l’intersectionnalité

Le terme apparait en 1989 sous la plume de Kimberlé Williams Crenshaw. C’est récemment entré dans la sociologie française Gérard Noiriel et Stéphane Beaud publient Race et sciences sociales (2021) en exposant que l’intersectionnalité est subjective alors que eux seraient objectif, comme au-dessus de la mêlée, ce qui constitue une grande arrogance. Il y a aussi les milieux du pouvoir politique réactionnaire qui critiquent l’intersectionnalité.

Les deux ont pour point en commun de montrer leur ignorance. Cela reflète leurs positions dominantes dans le champ social et le champ académique. Du côté du pouvoir politique, c’est pour ne pas que soient montrés comment les rapports de domination sont complexes et s’influencent mutuellement. Mais pour les chercheurs ?

Critiques de l’intersectionnalité

Noiriel croit que l’intersectionnalité est au mieux de la naïveté, soit une volonté claire d’apporter une manière de travailler des Etats-Unis pour discréditer les sciences sociales françaises. Il existe un refus de discuter l’épistémologie avant de discuter les connaissances, surtout dans le féminisme et le néo-colonialisme. L’approche de l’intersectionnalté importante car elle interroge la façon de produire les connaissances mais aussi la structure académique et ses rapports de pouvoir.

L’intersectionnalté, contrairement à ce qui est dit, intègre en plus de « l’âge, la race et le genre » le handicap, la sexualité, la religion ou encore le statut administratif.

La « race », mauvis objet d’étude des sciences sociales françaises

C’est surtout sur la race qu’on imagine une essentialisation et donc une mauvaise sociologisation. Parler de race empêcherait de parler d’autres luttes plus importantes. Ce serait dangereux d’en parler car ça amenait des régressions politiques. Parler de race supposerait un retour à soi qui n’aurait pas de sens dans la République française qui est universaliste.

Or, il existe de véritables traumatismes post-coloniaux. Pourquoi est-ce que parler de race dérangerait l’ordre ? Est-ce que le but de la sociologie n’est pas de renverse chaque rapport de domination ? Noiriel ne voit que la lutte des classes comme moteur du progrès social.

Les spectres de l’essentialisme

La deuxième critique contre l’intersectionnalité est qu’elle essentialiserait au lieu de sociologiser. C’est totalement faux (Cf. Angela Davis – Femmes, classes et race). Un homme nait est différent d’une femme noire ou que d’une femme blanche. Il y a des différences dans les rapports de domination. L’intersectionnalité n’est pas seulement dans le quantitatif, mais aussi dans le qualitatif. Un homme noir peut très bien subir beaucoup de discriminations tout en étant un homme (ce qui n’enlève pas ses privilèges d’homme).

Pour Noiriel, c’est le critère socioprofessionnel qui détermine avant tout les rapports de domination. C’est pas toujours le cas. Crenshaw rappelle en 1989 que « Les femmes noires sont parfois exclues de la théorie féministe et du discours antiraciste parce que l’une comme l’autre sont élaborés à partir d’un ensemble d’expériences qui ne reflète pas de façon adéquate les interactions qui existent entre la race et le genre. »

Il existe donc des dominants au sein des groupes dominés (les femmes blanches par rapport aux femmes noires par rapport au féminisme). Il y a une reproduction de certains rapports de domination au sein même de structures qui veulent abolir des rapports de domination. L’intersectionnalité étudie aussi les groupes dominants et as seulement les groupes dominées (Cf. Mara Viveros Vigoya – Les couleurs de la masculinité).

Contre l’hégémonie de classe

L’idée générale voudrait que la classe sociale soit effacée en tant qu’élément qui produit des dominations. Or, chez Angela Davis dans Femmes, classe et race (1981), la classe sociale joue un rôle central. Beaucoup de féministes des années 1980 étaient marxistes. Encore aujourd’hui, les travaux sur l’intersectionnalité sont très influencés par le marxisme (Cf. Nasima Mouloud – Femmes en migration) L’épistémologie de l’intersectionnalité est bien plus vaste que ce que l’on croit.

Epistémologie objectiviste et épistémologie de point de vue

Selon l’analyse marxiste et plus tard bourdieusienne, il est possible à travers l’épistémologie et une méthodologie adaptée d’objectiver les rapports de domination et les expériences vécues. L’épistémologie de point de vue tente de dépasser cette possible objectivation que Pierre Bourdieu pensait possible. (Cf. Pierre Bourdieu, Jean-Claude Chamboredon et Jean-Claude Passeron – Le métier de sociologue).

C’est cette idée de possibilité d’objectivation que l’épistémologie de point de vue souhaite répondre. Le but n’est pas de contredire le marxisme mais plutôt d’y apporter l’approche des dominés afin que la construction du savoir se fasse à la fois grâce à celui qui observe et étudie mais aussi grâce à ceux qui sont étudiés.

Il existe cependant deux dangers de l’intersectionnalité. Le premier est de produire du savoir intersectionnel sans prendre en compte la voix des dominés (Cf. Fatima Ait Ben Lmadani et Rassira Moujoud – Peut-on faire de l’intersectionnalité sans les ex-colonisés ?) et le second est de trop individualiser l’objet d’étude qui de ce fait, ne serait plus représentatif d’un groupe de dominés.

Gauchistement votre,

Le Gauchiste