L’Enfant de Jules Vallès

      Biographie

Jules Vallès naît au Puys en 1832. Journaliste d’opposition sous le régime impérial, il prend fait et cause pour la Commune. Il fonde. Il fait partie des derniers défenseurs de la dernière barricade, celle de Belleville. C’est lors de son exil en Angleterre, pendant dix ans, qu’il décide de publier une trilogie autobiographique pour rappeler qui il était, avec son propre style.

Pendant la Commune, il divise son temps entre la direction de son journal Le Cri du Peuple et son activisme à l’Assemblée. Le jeune provincial est sûrement LE chef de file le plus influent de cette époque révolutionnaire.

(Portrait de Jules Vallès)

        Synopsis

L’Enfant est le premier volume d’une trilogie autobiographique au sein de laquelle il utilise le pseudonyme « Jacques Vingtras » pour masquer son vrai nom tout en préservant ses initiales (JV). Le Bachelier et L’Insurgé suivront.

Dans L’Enfant, Jules Vallès fait prendre à son narrateur le nom de Jacques Vingtras, conservant ainsi ses initiales JV, pour raconter sa propre histoire. Ce sera le premier livre d’une trilogie, complétée par Le Bachelier, et L’Insurgé.

Dans le premier volet de sa trilogie, Jules Vallès parle de ses souvenirs d’enfance souvent douloureux, entre une mère tyrannique et un père lâche. De cette jeunesse noire, il tire ses idéaux de vie et la création d’un Nouvel Ordre associé à un nouveau système de valeurs qu’il voudra mettre en place pendant la Commune.

     Le Style Vallès

Jules Vallès, c’est aussi un style singulier, un style percutant. On sent chez lui l’action vient plus de l’esprit de révolte que de théoriques scientifiques ou de doctrines politiques. Privé de tout pendant son enfance, il se crée un univers fait de solidarité, de partage et de spontanéité. Les élans de colère sont toujours relativisés par de la tendresse et une grande dose d’humour.

Le style Vallès, c’est cette association entre élan de colère d’un côté et tendresse de l’autre, entre objectivité reprise du courant naturaliste et lyrisme révolutionnaire.

             Intérêt du Roman

Ce premier roman de Vallès, c’est le symbole de l’essor de la littérature jeunesse (Cf. Les Aventures de Pinocchio de Carlo Collodi en Italie) associé au naturalisme et au lyrisme révolutionnaire.

L’Enfant, c’est aussi l’expression d’une jeunesse brimée qui veut se révolter, une jeunesse qui a une fort désir d’aventure.

      I- Un Roman Social au style Vallès

                A) Un Roman Social…

Avant toute chose, L’Enfant, fait partie intégrante de la tradition littéraire française qui se développe tout au long de la seconde moitié du XIXème siècle. Avant que Jules Vallès écrive sa trilogie dans les années 1870, Zola, Balzac et Hugo avaient parfaitement tracé les traits d’un genre nouveau à l’époque : le naturalisme.

Pendant que Zola décrivait les bourgeois dans Pot-Bouille, Victor Hugo représentait la France profonde dans Les Misérables avec l’émergence de personnages devenus des symboles de la gauche (Gavroche, Jean Valjean).

Tout comme chez Zola et Balzac, les descriptions sont nombreuses et chaque élément est détaillé au maximum. On apprend tout de Jacques Vingtras, sa famille, son parcours scolaire, ses ambitions. Chaque personnage es décrit au plus profond de sa laideur. Qu’il s’agisse de sa mère qui le bat « Je ne me rappelle pas une caresse du temps où j’étais tout petit ; je n’ai pas été dorloté, tapoté, baisoté ; j’ai été beaucoup fouetté »

(Chapitre 1) ou des infidélités de son père (Chapitre 16). La misère est omniprésente.

Empreint de cette tradition, Vallès se rêve en héros de roman social, en celui qui, parti de rien, s’est hissé au plus au sommet de l’Etat (Pendant la Commune) tout en méprisant profondément la bourgeoisie de son époque. Derrière le « Je » de Jacques Vingtras se cache le « Nous » voulu par Jules Vallès, ce « nous » universaliste des petites gens luttant contre la bourgeoisie et pour le progrès social avec la possibilité d’ascension. Le « Je » de Vingtras n’est alors que l’idéal du « Nous » de Vallès.

(Une Couverture du Livre)

B)… Au Style Vallès

Empreint de cette tradition, Vallès se rêve en héros de roman social, en celui qui, parti de rien, s’est hissé au plus au sommet de l’Etat (Pendant la Commune) tout en méprisant profondément la bourgeoisie de son époque. Derrière le « Je » de Jacques Vingtras se cache le « Nous » voulu par Jules Vallès, ce « nous » universaliste des petites gens luttant contre la bourgeoisie et pour le progrès social avec la possibilité d’ascension. Le « Je » de Vingtras n’est alors que l’idéal du « Nous » de Vallès.

Cependant, cette vision ne rendrait pas à l’oeuvre tout ce qu’elle a à offrir. Le vraie beauté et le vrai intérêt du roman, c’est ce style singulier de l’auteur. Jules Vallès ne suit pas de narration de façon régulière ; il préfère réunir des anecdotes, des moments spontanés à travers des enchaînements rapides.

Un mouvement se crée dès le début de l’oeuvre entre dénonciations radicales et éléments ironiques qui deviennent sarcastiques. Ce qui fait la force de Vallès, c’est d’avoir introduit une sorte de poésie lyrique inédite à l’intérieur d’un roman profondément naturaliste.

       II- Le génie du choix de l’autobiographie en plein développement de la littérature jeunesse

        A) Le génie de l’autobiographie  

S’inspirant de la littérature de son époque en y intégrant les codes, l’auteur réutilise ces codes pour jumeler l’autobiographie au roman historique.

Ce nouveau genre nous oblige à croire Jacques Vingtras dans toutes ces descriptions, malgré le point de vue qui n’est pas omniscient. L’écart fictionnel est ainsi focalisé sur le seul personnage, qui devient aussi le témoin. Cet écart, finalement très faible, ne fait pas basculer l’oeuvre côté fiction.

Au fur et à mesure, le lecteur voit apparaître un nouveau genre qu’on pourrait appeler « L’autofiction ». Ce mélange s’organise autour de deux éléments opposés. D’un côté, le lecteur s’attend à des descriptions précises et de l’autre, il découvre tout le lyrisme qui s’exprime à travers ce « moi » de Jacques Vingtras. La décision de faire une autobiographie permet d’ajouter une touche de lyrisme au sein du naturalisme.

B) Un ouvrage qui s’inscrit dans la progression de la littérature de jeunesse

     Car, dans l’esprit de Vallès, l’histoire de Jacques Vingtras, était non seulement sa propre histoire, mais encore, comme l’a dit Léon Daudet, «la personnification de l’enfant dont toutes les tendresses natives ont été étouffées par les premières oppressions ; qui, né oiseau, s’est tout d’abord meurtri la tête aux barreaux d’une cage».

Cet ouvrage s’inscrit dans l’émergence de livres consacrés à la jeunesse (Cf. Pinocchio de Collodi ou bien Le Petit Lord Fauntleroy de Brunett) Dans la seconde moitié du XIXème siècle, on commence à laisser s’exprimer les jeunes, leurs ressentis, leurs expériences. La jeunesse devient une catégorie sociale à part entière. C’est pendant les révoltes de Mai 68 que la jeunesse sera pleinement considérée comme une catégorie sociale à part entière.

       III- Remise en question de l’ordre et création d’un nouvel Ordre

A) Remise en question d’un ancien Ordre

En écrivant L’Enfant, Jules Vallès décrit ses rêves d’enfance ainsi que la remise en question de l’ordre et la volonté de création d’un nouvel ordre.

L’auteur reconsidère les dogmes de son époque et ne cesse de tourner en dérision l’Ordre dans lequel il a baigné. Les professeurs, à l’image de son père, sont décrits comme des pédants qui veulent prouver des choses auxquelles il ne croit pas (Professeur ridicule qui veut expliquer l’existence de Dieu au Chapitre 3).

Vallès n’adhère pas aux principes de réalités de son époque (vérités révélées, vie misérable économiquement et culturellement qu’il devrait subir). Malgré sa grande intelligence, il rejette les « humanités », préférant l’étude de disciplines concrètes qui pourraient le sortir de sa misère et libérer le prolétariat auquel il appartient. Bien qu’il soit assez doué, il prend vite en aversion les «humanités». Un mépris latent et certain s’installe petit à petit face à ce monde malheureux et sombre qui se répète et qui est incapable de briser ses chaines (Sa mère qui parle de la « toilette »).

B) Un nouvel Ordre

Le Nouvel Ordre de l’auteur, c’est créer une société plus juste, plus libre, plus heureuse. En voulant être ouvrier, il épouse sa condition mais sans y associer l’aliénation. Il souhaite devenir ouvrier pour mieux comprendre ses camarades comprendre et finalement les libérer.

Son projet d’évasion s’inscrit dans la recherche d’autre chose. Les différents déménagements sont vécus comme dans un roman d’aventure. Au fur et à mesure de ses rencontres, Vallès constitue un nouvel idéal vers lequel il souhaite tendre. Du nihilisme passif où il vit son existence misérable, il souhaite aller vers quelque chose qui aurait du sens pour lui, pour la collectivité, pour un nouvel Ordre.

        Conclusion

L’Enfant préfigure la vie que mènera Jules Vallès, entre violence et désir de changer le monde. Le génie de l’auteur a été de mélanger les styles littéraires pour intéresser la jeunesse, porteuse de l’avenir, vers un nouvel Ordre, un nouvel idéal.

N’oublions pas le génie littéraire de Vallès et tous ses apports.

 

Gauchistement votre,

Le Gauchiste.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *