Louise Michel, figure du féminisme et de l’anarchisme

 

Louise Michel est considérée comme une grande héroïne et est chérie par la mémoire populaire française.

(Portrait de Louise Michel)

Fille d’une servante de château et adolescente rebelle, elle devient rapidement une institutrice convaincue et donne sa vie pour la lutte révolutionnaire.

Le parcours

Naissance d’une révolutionnaire

La personnalité de Michel se construit autour d’une l’empathie et d’une générosité pure. Beaucoup racontent qu’elle donnait toujours aux plus démunis même quand elle n’en avait pas les moyens.

Pendant l’épisode des barricades de la Commune, Louise Michel décide de sauver un chat alors même que les Versaillais tirent sur les Fédérés repliés derrière les barricades. On souhaite l’en empêcher mais elle réussit à sauver le chat sans une éraflure. Le chaton est adopté. Un dialogue surréaliste s’engage avec
Dombowski : « J’avais une bonne raison, commendant, ce chaton m’appelait
– Vous ne voyez pas le danger ?
– Je n’y songe même pas. Je suis saisie par la poésie

Elle vécut une enfance très difficile avec  un père qui ne la reconnait pas. Elle perd foi en à peu près tout. Pour se sauver, elle se rapproche de Dieu et écrit à l’homme qu’elle a toujours admiré : Victor Hugo : « Hugo, ne m’oubliez jamais, dites-moi que vous pensez à moi, lors même que cela ne serait pas, dites-le-moi. »

Son amour pour Hugo était associé à une transcendance envers Dieu : « J’ai bien le droit de vous le dire, moi qui me suis donnée à Dieu pour toujours, c’est comme si un habitant de l’autre monde venait de la tombe ou du ciel vous dire, frère, que je vous aime. »

« Je vous aime parce que vous êtes généreux et grand au milieu de tant de caractères hideux. Ah, vous ne savez pas combien vous êtes grand. J’ai envie de brûler ma lettre et je le devrais. Je vous en prie, ne répondez pas un mot sur toute cette page mais ne m’oubliez jamais. »

Institutrice

Face à ses souffrances, Louise Michel décide de partager les savoirs qu’elle a accumulés. Elle devient institutrice à ses 23 ans dans sa Haute-Marne natale.

Son ambition est hautement patriote et hostile au Second Empire : « En Janvier 1853, je démarrais ma carrière d’institutrice à Audelancourt. C’était une école libre ; il n’était pas question pour moi de prêter serment à l’Empereur.

Avant l’étude du matin et après celle du soir, toutes mes élèves chantaient La Marseillaise. Ce chant avait réellement un sens pour nous, il nous faisait monter les larmes aux yeux. »

Cependant, Louise Michel n’enseigne pas ce qu’on lui dit d’enseigner. Des conflits naissent entre elle et le recteur de Haute-Marne.

Elle affirme à ce moment-là son envie d’aller à Paris et de quitter sa province : « Ma province est trop calme. J’ai entrevu la capitale une fois. Paris m’appelle si fortement que j’en ressens l’impression magnétique. Et puis, c’est là seulement qu’on peut combattre l’Empire. Napoléon III a exilé mon plus grand poète. Maintenant je suis obligé d’envoyer à Jersey mes lettres à Victor Hugo. »

Elle enchaîne en déclarant son amour pour la République « Oui, l’étude est ma passion. La République mon amour. Ah, puis-je vous ouvrir mon cœur ? Ma mère tient à ma marier et moi, je ne veux pas. Je vois plus grand. »

Lorsqu’elle arrive à Paris, Louise Michel s’exclame : « Me voilà arrachée à mon repos et jetée dans un océan orageux, sans avenir, sans ressources, mais avec du courage, de la jeunesse et une grande confiance en Dieu. »

Elle participe à des réunions et s’engage dans la lutte politique dès son arrivée à Paris. En 1852, elle vibre pour un discours d’Eugène Varlin qui s’exalte : « Le malheureux ira s’éteindre dans un dépôt de mendicité, traité comme un malfaiteur alors que cet homme a produit quatre fois plus qu’il n’a consommé. »

Louise Michel éprouve pour la première fois dans la foule la même sensation qu’elle avait éprouvé jeune à l’église : celle de n’être rien et qu’un tout l’emportait. Ce grand tout, c’est la révolution, la liberté, la revendication des déshérités et surtout l’Internationale.

Pour elle : « Le rôle de l’éducation est extrêmement important. La tâche des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation, est de donner au peuple les moyens intellectuels de se révolter. Une mission sacrée. »

Louise Michel n’a pas fait partie de la commission sur l’enseignement de la Commune car elle combattait derrière les barricades. Pourtant, son engagement était clair sur l’instruction : « Des écoles professionnelles et des orphelinats laïques doivent immédiatement être établis en place des écoles et orphelinats des ignorantins et ignorantines. »

Animatrice de Clubs pendant la Commune (Franc-maçonne)

Louise Michel fut membre de la loge du Droit humain. Elle voit les francs-macons pour la première fois quelques jours après les débuts de la Commune. 6000 maçons défilent Rue Saint-Antoine avec leurs bannières et leurs drapeaux blancs pour réclamer la paix et faire cesser la guerre civile. Les Versaillais leur tirent dessus. C’est décidé, la maçonnerie se battra auprès des Communards.

Sur la franc-maçonnerie, elle affirme « Il y a longtemps que j’aurais été des vôtres si j’eusse connu l’existence de loges mixtes, mais je croyais que, pour entrer dans un milieu maçonnique, il fallait être un homme. » Et encore « Le pouvoir abêtit les hommes ; aussi devons-nous non point le conquérir et nous l’arracher entre hommes et femmes, mais l’éliminer de la société en faisant de celle-ci une grande famille libre, égalitaire et fraternelle, selon la belle devise maçonnique. »

Anarchisme et féminisme

Philosophie, conception du pouvoir et anarchisme

Louise Michel expose ses idées à travers ses propres écrits et ses contributions dans des journaux et notamment Le Cri du peuple de Jules Vallès. Dans le journal, elle demande la confiscation des biens du clergé et des mesures toujours plus révolutionnaires afin de les donner au peuple pour son bien-être.

Elle professe : « Malgré toutes les souffrances, malgré toutes les cruautés du pouvoir – qu’il soit maudit ! Tout pouvoir est maudis ! – je conserve de ma vie la sensation d’une flamme intense, d’un ouragan dévastateur et d’un combat acharné. Ma vie, ma passion. »

Elle continue sur sa vision du pouvoir « J’avais vu à l’œuvre mes amis de la Commune, si honnêtes qu’en craignant d’être terribles, ils ne furent énergétiques que pour jeter leurs vies.

J’en vins rapidement à être convaincue que les honnêtes gens au pouvoir sont aussi incapables que les malhonnêtes sont nuisibles. Il est donc impossible que la liberté s’allie jamais avec un pouvoir quelconque. »

C’est au contact de Nathalie Hermel qu’elle devient anarchiste en Calédonie. Ses réflexions commencées lors de la Commune murissent et la poussent vers cette conception du pouvoir.

Pour Michel : « L’idée la plus haute qui puisse être saisie par l’intelligence humaine est l’anarchie, en attendant qu’un summum soit à l’horizon. N’est-il pas à la connaissance de tous ce qui semble utopie à une ou deux générations se réalise à la troisième ? L’anarchie seule peut rendre l’homme conscient, puisqu’elle seule le fera libre. L’humanité veut vivre et s’attachera à l’anarchie dans la lutte désespérée qu’elle engagera pour sortir de l’abîme : c’est l’âpre montée au rocher. »

Thevenin, un ami de Louise ajoute : « Nous, anarchistes, nous proposons d’apprendre au peuple à se passer de gouvernement comme il commence à se passer de Dieu. Il apprendra également à se passer de propriétaires. Le pire des tyrans, en effet, n’est pas celui qui vous embastille, mais celui qui vous affame. Ce n’est pas celui qui vous prend au collet, mais celui qui vous prend au ventre. »

Un tournant s’opère le 27/07/1886 lors du Congrès socialiste de Londres. Les anarchistes sont exclus car les marxistes souhaitent absolument tout hiérarchiser. Désormais, la Vierge Rouge ne cessera de rester dans sa doctrine anarchiste loin des socialistes et des communistes.

Féminisme

L’enfance de Louise Michel est marquée par un abandon du père et une tentative de s’affirmer en tant que femme et de faire en sorte que la femme s’affirme dans la société civile. Elle expose : « J’ai compris, très jeune, que si partout l’homme souffre dans cette société maudite, nulle douleur n’est comparable à celle de la femme. »

Pendant la Commune, elle fonde l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés. Elle s’exclame pendant l’insurrection : « Nous réclamons l’égalité des sexes, nous tâchons de créer une Internationale des femmes. »

« La question des femmes est, surtout à l’heure actuelle, inséparable de la question de l’humanité. », « Les femmes, surtout, sont le bétail humain qu’on écrase et qu’on vend », avant de lancer : « Notre place dans l’humanité ne doit pas être mendiée, mais prise. »

Louise Michel la révoltée

La Communarde

Louise Michel participe activement aux réunions dans les clubs pendant toute l’année 1870 et est partie prenante du processus révolutionnaire. Elle est agissante au bataillon de Montmartre, qui devenait rapidement l’horreur des réactionnaires. Pour la première fois, Louise Michel est engagée dans la lutte armée.

(Louise Michel en tenue militaire pendant la Commune)

La bataille fait rage lors de cette bataille sanglante, il y a des blessés des morts. Un homme, les bas arrachés jusque derrière le dos est sur le brancard s’exclame « Vive la Commune ! ». Louise Michel lui répond : « Vous êtes un brave, vous guérirez. Courage. »

Soudain, un Versaillais blessé apparaît dans les rangs des Communards, il est blessé, mourant, rempli de terreur. Les Communards souhaitent le tuer, Louise Michel intervient d’une voix douce mais ferme : « Pas question de le tuer, on le soigne comme les autres. »

Louise Michel y a cru jusqu’au bout lors qu’elle vit s’embraser les Tuileries, la Cour des comptes et le Palais de la légion d’honneur : « Cet incendie-là, c’est une aurore. » Son but suprême était de mourir pour la liberté.

Elle fut Propagandiste, garde au 61e bataillon de Montmartre, ambulancière, et combattante, elle anima aussi le Club de la Révolution à l’église Saint-Bernard de la Chapelle. Elle rencontra à cette occasion le maire du 18e arrondissement, Clemenceau. Les 17 et 18 mars, elle participe activement à l’affaire des canons de la garde nationale sur la Butte Montmartre.

En avril-mai, lors des assauts Versaillais contre la Commune, elle participe aux batailles de Clamart, Issy-les-Moulineaux, Neuilly sur la barricade de Clignancourt.

Les derniers combats

Emprisonnée après l’épisode de la Commune, Louise Michel ne pense qu’à une chose : se rendre utile à nouveau pour la révolution sociale.

Lors de son procès en Décembre 1871, elle déclare : « Je ne veux pas me défendre, je ne veux pas être défendue. J’appartiens toute entière à la révolution sociale et je déclare accepter la responsabilité de tous mes actes. »

Elle mène de nombreuses actions en Nouvelle-Calédonie où elle est institutrice et où elle donne sa vie pour éduquer et libérer les Canaques. Elle veut les libérer des oppresseurs blancs.

(Illustration de Louise Michel en Calédonie)

Elle se lie d’amitié avec les Kanaks et les Kabyles, entreprend de les instruire et soutient leur soulèvement contre la présence coloniale.

A son retour à Paris en, 1880, Elle y reprend son activité d’infatigable militante, donnant de nombreuses conférences, intervenant dans les réunions politiques. Deux mois après son retour, elle commence à faire publier son ouvrage La Misère sous forme de roman feuilleton, qui remporte un vif succès.

(Illustration de Louise Michel pendant ses voyages)

Conclusion

Louise Michel fut une figure qui a entièrement participé au soulèvement pendant son siècle (idées, révolutions, modèle de révolte).

Elle est toujours restée engagée dans les domaines au sein desquels elle luttait. Elle a été institutrice en Haute-Marne puis à Paris et en Calédonie. Elle a également été à l’origine de révolte avec les blanquistes pendant les années 1860 et 1870 ainsi qu’avec les Canaques en Calédonie.

Rappelons-nous cette figure de l’anarchisme et du féminisme au service de la révolution sociale et de l’instruction pour tous.

Gauchistement votre,

Le Gauchiste