Olivier Besancenot, figure du trotskisme contemporain

 

 

Les débuts

Les études

 

Très tôt, Olivier Besancenot s’engage aux jeunesses communistes révolutionnaire (JUC) dès ses 16 ans. C’est un garçon très actif qui ne cesse de coller. Il est traumatisé en 1998 par la montée de l’extrême-droite et les bavures policières contre des jeunes de banlieue. Il s’engage très rapidement en faveur de SOS Racisme. La première cause qu’il défend est raciale. Les luttes sociales vont bientôt suivre.

 

Olivier démange à Paris en 1992 à ses 18 ans. Il choisit d’aller en fac d’histoire à Nanterre. Là-bas, il côtoie de nombreux militants et penseurs d’extrême-gauche. Il est davantage intéressé par les luttes sociales que par les études. Il s’engage à l’UNEF mais considère ce syndicat comme pas assez extrême. Il se rapproche des trotskistes et obtient difficilement sa licence d’histoire. Son mémoire sur la CGT ne verra jamais le jour.

 

Dans son parcours, le jeune révolutionnaire se passionne pour la lecture. Il admire Sartre et notamment Les Mouches même s’il ne partage pas ses idées maoïstes. Après quelques années, il se lance dans l’oeuvre qui va marquer sa vie : l’oeuvre intégrale de Rosa Luxembourg, une communiste allemande du début XXème siècle.

 

(Portrait de Rosa Luxembourg)

 

 

Conjointement, il lit et intègre les idées développées dans 1984 de Gorges Orwell ainsi que dans Surveiller et Punir de Michel Foucault qui vont participer à forger sa pensée et sa vision de la liberté.

 

(Portrait de Michel Foucault)

 

 

Les inspirations

 

La grande inspiration du facteur vient de la figure du Che. Pour lui : « Ernesto « Che » Guevara n’était ni un saint, ni un surhomme, ni un chef infaillible, il était un homme comme les autres avec ses forces et ses faiblesses. Il avait cette qualité rare chez les acteurs de la scène politique : la cohérence entre la parole et les actes. » L’accueil critique chez les militants de la LCR est partagé sur la figure du Che. Ce penseur et homme d’action humaniste est parfois considéré comme élitiste et pas assez proche dans la stratégie d’auto-émancipation des travailleurs.

 

La LCR et Besancenot aiment également beaucoup la Commune de Paris, ils y voient une tentative de prise de pouvoir par le peuple et une appropriation des moyens de production avec l’auto-gestion. Besancenot donne les raisons de l’échec de la Commune. Selon lui : « Le Commune n’a pas brisé le gouvernement de Thiers en l’attaquant dans son fief de Versailles. Elle n’a pas su coordonner les « communes » des villes de province, elle ne s’est emparée de la banque de France, elle n’a pas appelé la paysannerie à la révolte. Bref, elle se montra trop gentille avec ses adversaires. »

 

 

 

 

Les idées

 

Besancenot est anti-stalinien et considère que l’idéologie communiste est galvaudée par l’idéologie dominante. Pour lui : « Le communisme consiste à inventer une société, par le mouvement d’émancipation des travailleurs eux-mêmes, l’exploration par l’humanité de ses propres capacités. De nouveaux rapports entre les individus, de nouvelles compétences, de nouvelles créations culturelles, une sexualité libérée de toute oppression, le dépérissement de la famille telle qu’on l’a connue, un processus autour duquel la psychologie humaine se débarrassera, au fil des générations, de ses chaines sociales. »

 

 

 

De la LCR

 

La LCR est un mouvement crée en 1969 qui se considère comme la section française de la 4ème Internationale, crée par Léon Trotsky en 1938. Selon François Sabato, historien de l’extrême-gauche : « La 4ème Internationale a été fondée alors qu’il était « minuit dans le siècle » : le fascisme se déchaînait, la contre-révolution triomphait en URSS et le stalinisme étouffait le mouvement ouvrier révolutionnaire dans le monde entier. La 1ère Internationale suivit les explosions révolutionnaires de 1848 en Europe. La seconde incarna la croissance et l’organisation du monde ouvrier, à la fin du XIXème siècle et au début du XXème. La 3ème Internationale fut lancée après la révolution russe. Mais la 4ème Internationale se dressa à contre-courant dans une période de défaites historiques majeures pour le mouvement ouvrier. »

 

C’est dans ce cadre que la LCR se considère comme un parti trotskiste et anti-stalinien.  Cette mouvance s’associe régulièrement au mouvement de la lutte des classes et d’autres causes écologiques, sociales et sociétales (lutte anti-OGM, palestiniennes, féministes, LGBT).

 

Sabato ajoute : « La fondation de la IVème Internationale ne fut pas justifiée par les pronostics ou les réponses à la conjoncture de l’époque ; elle le fut par la nécessité, face aux trahisons de la social-démocratie et du stalinisme, d’affirmer une alternative historique, théorique et politique au mouvement ouvrier révolutionnaire. »

 

Pour Olivier Besancenot : « La LCR appartient à une famille anticapitaliste qui se réclame de toutes les révolutions depuis la Commune de Paris de 1871, la Révolution russe, la Révolution allemande des années 1920, celle du peuple espagnol contre le franquisme en 1936, ou encore les révolutions coloniales contre l’impérialisme, en particulier en Algérie, à Cuba ou au Vietnam. »

 

 

Au Nouveau Parti Anti-capitaliste

 

De sensibilité trotskiste, la LCR défend le « programme de transition » théorisé par Trotsky. Le parti défend la mise en place d’un « plan d’urgence sociale » réclamant l’interdiction des licenciements ou encore, la hausse du SMIC à 1500€ nets et l’élection d’une Assemblée constituante pour une nouvelle République. 

 

Le Manifeste du Nouveau Parti Anticapitaliste du 13 février 2009 expose les 4 lignes directrices du parti : 

 

     1- Le capitalisme met l’humanité et la planète en danger (destruction de la planète, inégalités qui s’accroissent toujours avec la mise en concurrence des territoires et des hommes, démantèlement des services publics avec l’extension du secteur privé qui cherche toujours une rentabilité à deux chiffres, perdition de la véritable démocratie)

 

     2- Un autre monde est possible : le socialisme au XXIème siècle (Il n’y a pas de « bon capitalisme » qu’il soit financier ou industriel. mise en place du socialisme où le pouvoir est donné à tous les travailleurs et les travailleuses qui décident souverainement quoi produire et à quelles fins, lutte idéologique dans la culture pour faire en sorte que la culture socialiste et communiste soit la culture dominante, faire en sorte que l’humain soit une fin et non un moyen

 

     3- Nos vies, pas leur profit (Luttes pour répondre aux urgences sociales, écologiques et démocratiques, remise en cause de la propriété privée et redistribution des richesses en augmentant les salaires, certains domaines doivent être publics et gérés par les salariés eux-mêmes comme la santé, l’éducation, lutte contre les discriminations raciales, homophobes et sociales, nouvelles institutions démocratiques avec la révocabilité des élus et la proportionnelle dans les assemblées

 

     4- S’organiser, agir, faire de la politique, un parti pour l’émancipation (Capitalisme qui montre de plus en plus ses contradictions alors que la « gauche institutionnelle » se droitise, le NPA reste dans sa lignée d’extrême-gauche, volonté de faire en sorte que le parti soit un lieu d’éducation permanent où chacun peut s’exprimer. Le parti n’aspire pas à prendre le pouvoir mais à influencer et faire démarrer les initiatives d’auto-gestion)

 

 

 

Les actions, et après ?

Luttes écologiques

 

Olivier Besancenot mène fréquemment des actions très écologistes. Il s’oppose fermement au nucléaire avec l’exemple de l’explosion d’AZF à Toulouse : « L’explosion d’AZF à Toulouse a prouvé que les risques de cet ordre ne sont plus des menaces abstraites. En plus, ce sont les victimes de la fracture sociale qui paient la facture écologique […] Aucune leçon n’a été tirée de la catastrophe : des sites dangereux classés fonctionnent toujours et menacent les quartiers populaires. »

 

Il a également lutté l’EPR en 2007 : « Je souhaite engager l’arrêt immédiat du nucléaire militaire et la reconversion programmée du nucléaire civil. Les gouvernements successifs et le lobby nucléaire ont toujours esquivé tout débat public et refusé de mettre les moyens pour la recherche sur d’autres alternatives, pour, ensuite, prétendre que le nucléaire était la seule solution. L’EPR est le symbole d’un débat qui n’a jamais eu lieu. Il ne correspond pas à un besoin, c’est seulement une question de business. »

 

 

 

Luttes féministes et LGBT

 

Le natif de Levallois-Perret a une vision très égalitariste. Il lutte auprès de féministes considérées parfois comme extrémistes (Ex : Valérie Solanas). Il aime les radicaux quand ils se battent pour les opprimés. C’est ainsi qu’il est également un soutien de l’association Ni putes, ni soumises, collectif crée par des jeunes femmes de banlieue afin de trouver une place plus juste dans la société.

 

(Portrait de Valérie Solanas)

 

C’est un fervent avocat de la parité hommes-femmes. Il est très admiratif du fonctionnement de Lutte ouvrière qui a été le premier groupuscule d’extrême-gauche à mettre en place la parité hommes-femmes. Depuis, le NPA s’en est inspiré et défend aussi cette idée de la parité des sexes.

 

Il mène son premier combat avec les homosexuels au sein du FHAR (Front homosexuel d’action révolutionnaire) via la lecture de l’oeuvre de Michel Foucault. Il défend ouvertement le mariage pour tous malgré son caractère jugé parfois bourgeois « Tant qu’il y a des inégalités, on les combat. C’est le cadre global pour comprendre le reste. » Malgré ses actions, il n’a jamais eu un vote conséquent de la communauté homosexuelle à la hauteur des luttes qu’il a menés pour eux.

 

 

 

Luttes socialo-politiques

 

En plus des luttes écologistes et féministes, Olivier Besancenot prend évidemment part aux luttes sociales et politiques. Ses faits d’armes sont extrêmement nombreux et toujours liés à la continuité de la pensée de Trotski.

 

En France, il est très reconnu pour ses combats pour l’emploi et contre les discriminations sociales et raciales (grande activité à SOS Racisme). Besancenot est également connu pour ses liens opaques avec le groupuscule d’extrême-gauche Action Directe. Ce groupuscule d’obédience « communiste et libertaire » fut l’auteur d’attentats et de séquestration de patrons dans les années 1980. A la sortie de prison de Jean-Marc Rouillan, cerveau du groupe Action Directe, Olivier Besancenot est le seul homme politique à lui proposer de militer pour son parti

 

(Portrait de Jean-Pierre Rouillan)

 

Ca marxisme économique à l’intérieur des pays fait également écho chez lui à un marxisme au niveau international qui le pousse à défendre les peuples opprimés. Parmi les grandes luttes géopolitiques, le NPA est très proche des revendications palestiniennes au sein du conflit israélo-palestinien avec pour idée que la Palestine est le peuple opprimée.

 

 

La révolution permanente

 

Dans la lignée de Trotski, Olivier Besancenot reprend le concept de « révolution permanente » pour arriver à la disparition des classes et l’établissement du communisme en évitant un changement politico-social trop brusque. Pour Besancenot : « Il faut un processus continu de transformation radicale de la société, de l’économie, mais aussi de la politique, du social, de la morale et de la culture. C’est donc la remise en cause de l’ordre dominant entrainant elle-même une transformation toujours plus égalitaire de la société. » 

 

Dans un processus de révolution permanente, seule la majorité de la population, paysans, ouvriers comme intellectuels, est en mesure de guider un pays dans un processus d’autodétermination et d’apporter une solution aux problèmes vitaux du peuple.

 

 

Gardons en mémoire ces personnages politiques qui assurent la continuité d’idées et d’idéologies passées. Olivier Besancenot est plus que jamais un fils spirituel de Trotsky, grand acteur du socialisme et de la IVème Internationale.

 

     Gauchistement votre,

 

     Le Gauchiste