Les Débuts

Naissance d’une révolutionnaire conservatrice

 

Globalement oubliée il y a quelques dizaines d’années, la mémoire d’Olympe de Gouges est de plus en plus remise à l’ordre du jour, notamment en vertu de ses combats féministes pendant la Révolution Française. Sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne est de plus en plus valorisée.

Marie Gouze naît à Montauban en 1748 dans un milieu modeste de tradition occitane. Non reconnue par son père puis mariée de force à ses 16, elle voit son ex-mari mourir peu de temps après noyé dans le Tarn. A l’époque, la loi française interdit aux femmes de publier un ouvrage sans le consentement de leur époux ; c’est pour cela qu’elle décida de ne jamais se remarier pour préserver sa liberté. Cet espace de liberté laissé par cette double perte la pousse à imaginer une autre vie. Rapidement, elle se fait surnommer « Olympe de Gouges ».

Elle s’installe à Paris dans les années 1770 et publie de nombreux ouvrages qui ne rencontrent pas le succès qu’elle espérait (L’Homme généreux, Le Mariage inattendu de Chérubin).

Ses luttes de prédilection : Pour les femmes, contre l’esclavage et contre le jacobinisme

 

Très rapidement, elle se penche sur la question des femmes avec des question qui la touchent de près (la bâtardise, la condition des femmes et leur rapport aux hommes) comme aux autres question progressistes de son temps (la démocratie, l’esclavage).

C’est dans le domaine théâtral qu’Olympe de Gouges affirme son talent littéraire et notamment son talent de dramaturge. Il faut attendre la Révolution Française pour la voir prendre une autre dimension, grâce à ses écrits pamphlétaires sur le féminisme.

Malgré tout, la native de Montauban défend la monarchie à travers le roi ainsi que Necker  et Mirabeau. Sa volonté d’aider les plus malheureux en rapprochant le sort des noirs et celui des femmes s’inscrit dans un certain conservatisme politique.

C’est en septembre 1791 qu’Olympe de Gouges publie la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, texte dédié à Marie-Antoinette.

(Portrait de Marie-Antoinette par Vigée le Brun)

 

Luttes contre l’esclavage et le jacobinisme

Contre l’esclavage

 

Ses premières luttes ont été contre l’esclavage avec ses pièces de théâtre. Dès 1788, elle fait paraître Réflexions sur les hommes nègres, ce qui la met n relation avec la Société des amis des Noirs. Elle publie en 1792 L’esclavage des noirs, ou l’heureux naufrage qui lui vaut de nombreuses menaces de mort.

Très jeune, elle s’intéresse à la question raciale : « L’espèce d’hommes nègres m’a toujours intéressée à son déplorable sort. A peine mes connaissances commençaient à se développer, et dans un âge où les enfants ne pensent pas, que l’aspect n’une Négresse que je vis pour la première fois, me porta à réfléchir, et à faire des questions sur sa couleur. »

(Couverture de Zamore et Mirza ou L’esclavage des Noirs d’Olympe de Gouges)

Dans une lignée voltairienne, elle dresse un tableau du sort des Noirs de son époque : « Les Européens avides de sang et de ce métal que la cupidité a appelé de l’or, ont fait changer la nature de ces climats heureux. Le père a méconnu son enfant, le fils a sacrifié son père, les frères se sont combattus, et les vaincus ont été vendus comme des boeufs au marché. Que dis-je ? C’est devenu un commerce dans les quatre parties du monde. Un commerce d’hommes ! … grand Dieu ! et la nature ne frémit pas ! S’ils sont des animaux, ne le sommes-nous pas comme eux ? et en quoi les Blancs différent de cette espèce ? 

Contre le jacobinisme et pour un République modérée et égalitaire

 

Outre son combat contre l’esclavagisme, Olympe de Gouges, royaliste et catholique convaincue porte son combat contre les Montagnards et la Convention. Elle s’adresse à Robespierre en ces termes « Ecoute Robespierre, c’est à toi que je vais parler, entends ton arrêt et souffre la vérité. Tu te dis auteur de la Révolution, tu n’en fus, tu n’en es, tu n’en seras éternellement que l’opprobre et l’exécration. Fuis le grand jour, il n’est pas fait pour toi ; imite Marat, ton digne collègue, rentre avec lui dans son infâme repaire. » 

Elle assimile la figure de Robespierre à l’anti-patriotisme et au despotisme de la Convention. La native de Montauban, dans son écrit Pronostics sur Maximilien de Robespierre met en garde le peuple contre les dérives d’une guerre civile et le non-sens des assassinats perpétrés entre patriotes. Elle déclare : « Les Anglais firent monter sur l’échafaud leur roi, mais ils n’étaient pas républicains. Apprends donc que ce titre suffit pour donner des vertus, que les esclaves ne sentirent jamais. L’esclavage t’a montré le chemin de la liberté ; la liberté va te conduire à celui de toutes les vertus républicaines. »

(Portrait de Robespierre)

Sa critique de la Convention (1792-1795) se porte plus particulièrement sur le tribunal révolutionnaire. Dans son écrit Adresse au tribunal révolutionnaire, elle évoque sa future arrestation et condamnation à mort : « Les lois républicaines nous promettaient qu’aucune autorité illégale ne frapperait les citoyens, cependant un acte arbitraire, tel que les inquisiteurs, même de l’Ancien Régime, auraient rougi d’exercer sur les productions de l’esprit humain, vient de me ravir ma liberté, au milieu du peuple libre. »

Face aux dérives des Montagnards, considérés comme des « gauchistes » avant l’heure, Olympe de Gouges défend la République et se place du côté des Girondins, défenseurs d’une République modérée. Elle expose, dans on conservatisme politique, des idées égalitaires et de partage que l’on retrouve dans la Lettre au Peuple de 1788 :  « Si l’on indique un impôt volontaire, j’ose croire qu’on établira une caisse nationale, propre à recevoir les deniers consacrés à acquitter les dettes de l’Etat. […] La véritable sagesse ne connaît ni préjugé, ni prévention ; le vrai seul l’intéresse et le bien général la guide ; c’est donc à cette sagesse à qui je soumets le fruit de mes réflexions. »

                                 

(Tableau La Mort de Marat par Jacques-Louis David)

                                                                                                   

Luttes féministes

Les prémices

 

Minée par une adolescence qui l’a vue être mariée de force et une vie adulte où elle ne fut pas jugée à sa juste valeur à cause de son sexe, Olympe de Gouges fait un constat de la condition féminine de la fin du XVIIIème siècle « Les femmes hélas ! trop malheureuses et trop faibles, n’ont jamais eu de vrais protecteurs. Condamnées dès le berceau à une ignorance insipide, le peu d’émulation qu’on nous donne dès notre enfance, les maux sans nombre dont la nature nous a accablés, nous rendent trop malheureuses, trop infortunées, pour que nous n’espérions pas qu’un jour les hommes viennent à notre secours. »

(Couverture du Couvent ou les Voeux Forcés d’Olympe de Gouges)

Elle démarre son combat pour les femmes en parallèle de ses premières luttes contre le jacobinisme et l’esclavage. Dès 1790, elle publie Le Couvent ou les voeux forcés (1790), pièce de théâtre dans laquelle elle se moque du couvent et du sort réservé aux femmes religieuses qui sont reléguées à un second rôle, toujours en situation d’infériorité par rapport aux hommes.

Très rapidement, elle demande l’instauration du divorce, adopté par les Girondins peu après. Elle demande également la suppression du mariage religieux en le remplaçant par un contrat civil. Elle manifeste aussi pour la libre recherche de paternité et la reconnaissance des enfants nés hors mariage.

Sur la parentalité, elle expose : « Nous, hommes et femmes, entendons et voulons mettre nos fortunes en communauté, en nous réservant cependant le droit de les séparer en faveur de nos enfants, et de ceux que nous pourrions avoir d’une inclination particulière, reconnaissant mutuellement que notre bien appartient directement à nos enfants, de quelque lit qu’ils sortent et que tous indistinctement ont le droit de porter le nom des pères et mères qui les ont avoués, et nous imposons à souscrire à la loi qui punit l’abnégation de son propre sang. »

Le véritable écrit révolutionnaire d’Olympe de Gouges voit le jour en Septembre 1791 avec la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.

La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

 

Cette déclaration est publiée par Olympe de Gouges en septembre 1791, deux ans après la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen. L’auteur française rappelle dans le préambule son attachement à Marie-Antoinette et à la monarchie : « Lorsque tout l’Empire vous accusait et vous rendait responsable de ses calamités, moi seule, dans un temps de trouble et d’orage, j’ai eu la force de prendre votre défense. » 

(Iconographie de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 Août 1789)

Elle s’en prend néanmoins très clairement à elle pour son manque d’audace face aux problèmes des femmes : « On ne vous fera jamais un crime de travailler à la restauration des moeurs, à donner à votre sexe toute la consistance dont il est susceptible. Cet ouvrage n’est pas le travail d’un jour, malheureusement pour le nouveau régime. Cette révolution ne s’opérera que quand toutes les femmes seront pénétrées de leur déplorable sort, et des droits qu’elles ont perdus dans la société. Soutenez, Madame, une si belle cause ; défendez ce sexe malheureux, et vous aurez bientôt pour vous une moitié du royaume, et le tiers au moins de l’autre. »

(Couverture de la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne d’Olympe de Gouges)

S’en suit une série 17 articles de cette Déclaration qui fait écho à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen pour demander plus de droits aux femmes. Tous les articles sont repris exactement de la même manière en y ajoutant la femme en plus de l’homme afin de ne pas dissocier les deux genres dans leur acquisition des nouvelles libertés et égalités.

Olympe de Gouges reprend ici tous les acquis de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (Séparation des pouvoirs, souveraineté désormais nationale, affirmation du droit positif sur le droit naturel, nouvelles libertés et nouveaux droits) en y ajoutant les femmes. Sa déclaration se suit d’autres écrits qui prédisposent de nombreuses revendications qui aboutiront (droit au divorce, droit à une pension en cas de divorce). 

Malgré tout, la pamphlétaire français ne remet pas en question nombre de critiques qui ont été faites de cette Déclaration. Elle affirme à nouveau, dans sa version personnelle, la primauté de la liberté sur l’égalité, l’abandon de véritables mesures pour l’égalité et aussi la sacralisation de la propriété privée, élément primordial de la bourgeoisie pour exercer sa domination.

 

 

 

Conclusion

 

Olympe de Gouges n’a jamais dérogé de ses position girondes et anti-jacobines. Elle ira jusqu’à défendre Louis XVI quand celui-ci doit comparaitre devant le tribunal révolutionnaire.

Elle meurt le 3 Novembre 1793 sur l’échafaud pour la publications d’écrits anti-jacobins et un conservatisme politique qu’elle n’a jamais caché (écrits sur les massacres des 2 et 3 septembre 1792). Olympe symbolise cette période de changements où la parole se libère pour les femmes. Avant de monter à l’échafaud, elle déclare : « Je n’ai vu que d’après mes yeux ; je n’ai servi mon pays que d’après mon âme ; j’ai bravé les sots ; j’ai frondé les méchants. »

La valeur et le sens de l’action d’Olympe de Gouges réside dans sa primauté à déclarer l’égalité entre les hommes et les femmes et la considération des revendications féministes. George Sand ou encore Flora Tristan suivront ce mouvement vers la libération de la femme.

N’oublions jamais les textes fondateurs qui nous ont fait aller vers le progrès, ici le progrès de la condition de la femme et des noirs.

Gauchistement votre,

Le Gauchiste