Simone de Beauvoir – l’âge de discrétion

 

Simone de Beauvoir

 

L’enfance de Simone de Beauvoir est caractérisé par un drame, la perte de tout l’héritage de son grand-père maternel, président de la Banque de Meuse. Après cette banqueroute, la famille s’installe dans un petit appartement Rue de Rennes. La jeune fille se voit reprochée toute son enfance d’être une femme ; son père souhaitant un fils pour qu’il devienne polytechnicien. De Beauvoir se verra répétée toute sa jeunesse par son père « Tu as un cerveau d’homme ».

 

Elle fait des études de philosophie et obtient sa licence en 1928. Elle entame alors un mémoire sur Leibniz. Elle rencontre Jean-Paul Sartre à l’université et est reçue deuxième derrière lui à l’agrégation de philosophie de 1929.

 

Elle s’engage dans les luttes politiques avec les intellectuels de gauche des années 1930 / 1940 (Sartre, Raymond Aron, Maurice Merleau-Ponty ou encore Boris Vian) au sein de la revue Les temps modernes qui a pour but de faire connaître l’existentialisme.

 

Ses combats se situent essentiellement sur l’athéisme, le communisme et l’existentialisme. Elle se lit d’amitié avec des personnages comme Mao Zedong, Richard Wright, Che Guevara ou encore Fidel Castro).

 

Elle obtient la consécration avec la publication du Deuxième Sexe (1949) qui fait d’elle une figure centrale du féminisme (critique de mariage considéré comme bourgeois tout comme la prostitution quand elle est faite sous la domination du mari, apologie de l’avortement, remise en cause des religions et traditions qui rabaissent les femmes.

 

(Le Deuxième Sexe, ouvrage fondateur du féminisme moderne)

 

 

S’en suit une série autobiographique entre 1859 et 1964 où elle évoque son enfance de bourgeoise déclassé au sein d’un milieu où la femme était rabaissée par rapport à son sexe. Quelques années plus tard, elle décide d’écrire des oeuvres de fiction en se centrant sur des personnages fictifs. C’est ainsi qu’elle publie La Femme rompue en 1967.

 

 

L’Âge de discrétion

 

Avec La Femme rompue, Simone de Beauvoir a voulu retranscrire, volume après volume, décennie après décennie, l’effet du passages des années. L’intellectuelle française nous emporte au sein de l’histoire d’une héroïne de 60 ans dans L’Âge de discrétion.

 

(La Femme rompue, recueil de nouvelles de Simone de Beauvoir)

 

Ce récit appartient au recueil de nouvelles La Femme rompue où sont proposés L’Âge de discrétion, Monologue et La Femme rompue. A chaque étude une femme est décrite, en pleine crise existentielle.

 

Dans l’ouvrage présent, une intellectuelle dans la soixantaine, très politisée avec de fortes opinions se montre intransigeante pour ses proches. Face à l’incompréhension de sa famille et de ses amis, elle décide de remettre sa vie en question et de repenser son avenir de femme vieille.

 

C’est l’occasion pour Simone de Beauvoir de remettre la fiction au goût de son oeuvre après une phase autobiographique (1958-1964).

 

 

Analyse

 

 

Lyrisme révolutionnaire qui s’estompe avec le temps

 

 La nouvelle est plein de lyrisme révolutionnaire, style littéraire indémodable qu’on retrouve très facilement chez les auteurs romantiques du XIXème (Baudelaire, Hugo, Vallès, Louise Michel)

 

Très rapidement, le personnage principal expose sa poésie : « En entrant dans le jardin, l’odeur d’herbe coupée m’a prise au coeur : odeur des alpages où je marchais, sac au dos, avec André, si émouvante d’être l’odeur des prairies de mon enfance. »

 

 : « Je me berçais de projets, de promesses ; maintenant  l’ombre des jours défunts velouté mes émotions, mes plaisirs. » Auteur

 

« Je ne veux pas. Ils appellent indulgence, sagesse, cette inertie du coeur : c’est la mort qui s’installe en vous. »

 

 

 

L’empreinte Simone de Beauvoir

Vers le milieu de la nouvelle, le personnage principal s’exclame : « Enfant, adolescente, les livres m’ont sauvée du désespoir ; cela m’a persuadée que la culture est la plus haute des valeurs et que je n’arrive pas à considérer cette conviction d’un tel critique. » 

Cette vision est celle héritée de Simone de Beauvoir qui a misé sur la lecture et la culture pour pouvoir e’exraire de son milieu d’origibe, aussi bourgeois qu’il était.

 

 

 

Une intrigue classique

 

André et sa femme voient leur enfant Philippe vouloir arrêter sa thèse. Les conditions de l’université ne lui conviennent plus (salaire insuffisant, gratification limitée, monde cloisonné). Il décide d’arrêter sa thèse et de travailler dans le privé pour gagner plus d’argent.

 

Face à cette décision, André se montre compréhensif alors que sa femme estime sa décision bête. Pourquoi se soumettre aux sirènes de l’argent et délaisser la connaissance et le potentiel changement ?

 

Pour André : « Non. Pour moi, connaître, découvrir, c’était une manie, une passion, ou même une espèce de névrose, sans aucune justification morale. Je n’ai jamais pensé que tout le monde devrait m’imiter. »

 

Sa femme lui répond : « Moi je pense au fond que tout le monde devrait nous imiter, mais je n’ai pas voulu en discuter. J’ai dit « Il ne s’agit pas de tout le monde, mais de Philippe. Il va devenir un affairiste ; ce n’et pas pour ça que je l’ai élevé. »

 

La famille d’Irène (la fiancée de Philippe) appartient à une famille très riche et très haut-placée dans la bureaucratie française. Le père d’Irène lui propose un poste au Ministère de la Culture. Sa mère devient folle de rage par rapport à cette décision de participer à un gouvernement gaulliste qui a assassiné nombre d’Algériens pendant la Guerre d’Algérie.

 

Pour défendre son fils, André déclare : « Il dit qu’il a évolué. Il a compris que le négativisme de la gauche française ne l’avait menée à rien, qu’elle était foutue, qu’il voulait être dans la course, avoir prise sur le monde, agir, construire. »

 

 

Une relation brisée

 

S’en suit une dispute entre André et ses parents. Le jeune garçon déclare à sa mère : « On n’est pas un salaud car on refuse de partager vos entêtements séniles ». Sa mère ne peut supporter sa décision. Elle finit par lui dire qu’elle ne lui parlera plus jamais.

 

Philippe rétorque, dans une vision nietzschéenne de sa mère : « Ma conduite t’indigne parce qu’elle contredit tes projets. Je n’allais tout de même pas t’obéir toute ma vie. Tu es trop tyrannique. Au fond, tu n’as pas de coeur, seulement de la volonté de puissance. »

 

 

Conclusion 

 

Cette nouvelle a valeur de portraits des relations qui pouvaient être celles d’une époque. Epoque soixante-huitarde qui a vu des familles croire au changement et vouloir que les progénitures poussent en faveur de ce changement.

 

N’oublions pas la tyrannie imposée par la mère dans son combat pur qui ne faiblissait devant rien.

 

Gauchistement votre,

 

Le Gauchiste